dimanche 19 mars 2017

Un escargot tout chaud - Isabelle Mergault



Un escargot tout chaud
 
Isabelle Mergault




Bonjour à toutes et à tous,
 
Une semaine après la Foire du Livre de Bruxelles, me voici prêt à vous livrer mes impressions sur le premier des huit livres acquis dans cette véritable Caverne d'Ali Baba. Il s'agira du premier roman de la comédienne et réalisatrice Isabelle Mergault, un roman au titre énigmatique mais sympathique, Un escargot tout chaud...Une vraie réussite pour un premier roman !


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Un escargot tout chaud 
Auteur = Isabelle Mergault
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2016
Nombre de pages =  167 pages


Note = 16 / 20

 
B. Quatrième de couverture

Ce jour-là, le braqueur aurait mieux fait de pousser la porte d'une autre bijouterie. Menaces, ultimatum ou revolver sur la tempe, aucune des six personnes qui se trouvent dans la bijouterie de Rose ne semble impressionnée. Amour, famille, enfants, ils ont tout raté. Alors vous pensez, un braquage !...


C. Mon avis sur le livre

Evidemment, ce n'est pas du Victor Hugo ou du Marcel Proust, mais, en même temps, ce n'est pas ce qu'on demande aux non-professionnels de l'écriture...


Mais passons aux choses sérieuses : comme je l'ai dit dans l'introduction du papier, ce premier roman est une véritable réussite !

Isabelle Mergault nous livre dans ce roman, truffé de bons mots et de répliques qui font mouche, une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres : une fille bègue, une vieille dame peu avare d'anecdotes, un mari si indifférent qu'il en devient comique, un fiancé complètement nunuche jusqu'au moment où... et surtout un braqueur malhabile et un peu bébête sur les bords...Tous ces personnages nous donnent un cocktail détonnant pour une histoire hilarante et trépidante à suivre, histoire qui demeure toujours très drôle et légère, malgré le fameux braquage (qui est totalement raté, on peut déjà le dire) et qui est agrémentée de véritables passages sujets au fou rire.

De plus, Mme Mergault a l'art d'enchaîner les intrigues à vitesse grand V, avec la même inventivité et des rebondissements à la chaîne, ce qui fait que le roman ne perd jamais de sa saveur tout au long des 160 pages, au contraire : cela fait très longtemps qu'un roman ne m'avait pas fait l'effet de ce que l'on appelle le "page-turner" (pour les non-initiés : un roman qu'on ne peut plus lâcher une fois qu'on commence à le lire).

Seul petit regret : on ne sait pas, à la fin, ce que sont devenus la majeure partie des personnages...Dommage !

En somme, contrairement à beaucoup de comédiens, réalisateurs, chanteurs...qui essaient de se mettre à l'écriture, Isabelle Mergault nous livre un roman très réussi et je n'ai qu'une envie : qu'elle en écrive un second !

PS : Après avoir regardé ONPC hier soir, je suis plutôt d'accord (pour une fois) avec Yann Moix : il y a une parenté avec le style d'Alphonse Allais et avec celui de Sacha Guitry (le petit chouchou d'Isabelle Mergault) dans ce roman.


D. Quelques bons passages du livre

Rose, dont seul le prénom pouvait encore prétendre à une féminité légère et fragile, mit en branle son gros corps de 90 kilos pour répondre au téléphone qui venait de donner sa première sonnerie. Elle se dépêchait comme elle pouvait parce qu'elle détestait faire attendre. Car Rose était gentille et bonne avec tout le monde. Mais elle n'était pas pour autant ce qu'on appelle une bonne grosse. Elle était bonne, c'est vrai, et elle avait grossi. Ce qui était complètement différent et ça, elle y tenait ! (p. 7)
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La gaieté est une politesse qu'on se doit d'avoir face à la vie...  (p. 9)
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On ne peut pas dire que Philippe parlait mal à sa femme : il ne lui parlait pas. Même pas pour lui demander le sel. Il passait son bras devant elle, attrapait la salière et salait sans avoir seulement commencé à goûter son plat. Et ce bras qui passait devant son visage la blessait plus sûrement qu'une gifle. Le geste était d'autant plus violent qu'il insinuait que Rose n'avait pas préparé le repas correctement.  (p. 26)
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Néanmoins leurs années se comptaient encore en printemps et la jupe légère de Chloé ne demandait qu'à voler. Alors ils étaient beaux. Forcément beaux. Beaux de leur jeunesse. Beaux de leur avenir. Beaux de leur amour éternel qui, comme toutes les amours éternelles ne durent jamais(p. 37)
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Rose indiqua le portrait de la Joconde. Ils avaient acheté cette copie avec Philippe lors de leur voyage de noces à Florence. Elle aimait ce tableau pour le souvenir qu'il représentait davantage que pour la toile elle-même, qu'elle jugeait pas trop mal faite, c'est vrai, quoique un peu fouillis au niveau de la verdure qu'il y avait derrière cette Joconde au sourire niais et qui n'avait, quand on y regardait de près, quasiment aucun cil ni aucun sourcil, comme lorsqu'on allume un barbecue et qu'on en prend plein la figure. Et c'était soi-)disant ça, l'idéal féminin ! Un visage glabre, une expression de ravie de la crèche et des mains toutes momolles posées l'une sur l'autre, comme réfractaires aux tâches ménagères ? Parce que cette femme n'avait jamais fait la vaisselle, c'est évident ! Et au vu de son regard qui semblait dire "attends-moi dans la chambre chéri, j'arrive...mais pour l'instant je suis obligée de garder la pose parce que Léonard n'est pas le plus rapide du monde..." cette femme ne pensait qu'au stupre et à la fornication.  (p. 60)
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Les yeux de l'aïeule étaient emplis de tant de passé qu'il était chimérique d'y prétendre lire le présent.  (p. 78)
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Voilà ce qu'il fallait faire ! Puisque les menacer de mort ne servait visiblement à rien, car au final il les menaçait de ce qu'ils désiraient le plus, il suffisait donc de les menacer de l'inverse en leur ôtant ce qu'ils souhaitaient ardemment : la mort, et en leur laissant ce qu'ils voulaient le moins : la vie (p. 82)
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Il y eut un silence gêné. Que soit Rose ou Philippe, Chloé ou Mme Pigrenet, tous avaient un petit peu honte pour lui. Ils avaient bien réalisé que le braqueur n'était pas un professionnel, mais de là à les menacer de les laisser en vie...Ils assistaient à la chute d'un homme, sans espoir de remontée possible tant il était tombé bas.  (p. 83)

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Il ne faut jamais abattre un homme déjà à terre, disait souvent sa grand-mère qui l'avait élevée davantage que sa propre mère. Et quand elle parlait des hommes, ce n'était pas de l'humanité dans soin ensemble dont il s'agissait, mais bien du mâle, du sexe fort, du moins élu comme tel par lui-même sans demander l'avis des femmes.  (p. 85)

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- Alors oui ! Pour la première fois, je l'ai faite avec lui...la chose ! Et je me suis dit, si c'est ça baiser, ben vrai, je préfère me la recoudre et regarder Chasse et Pêche à la télé jusqu'à la fin de mes jours.
Rose se demandait vraiment d'où sa fille tenait un tel vocabulaire. Et sur quelle chaîne pouvait bien passer Chasse et Pêche.  (p. 110)

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On ne braque pas un cœur avec une arme. L'amour est bien trop désarmant pour ça !  (p. 117)

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Dans l'état cotonneux dans lequel elle se trouvait, Rose entendit la voix de sa grand-mère : "Ma petite, il faut toujours avoir une culotte propre ! On ne sait jamais, en cas d'accident !" Et Rose s'imaginait que les secours regardaient avant tout les sous-vêtements. Culotte propre ? Allez-y les gars, dépêchez-vous ! Gyrophares ! On fonce ! Préparez la perf ! Pas de temps à perdre !...Culotte sale ? Attendez les mecs, on fume une clope d'abord...oui, je sais, le pouls est faible, elle a perdu beaucoup de sang, faudrait faire vite mais...vous avez vu l'état du slip ? Alors, on se calme, ok ?   (p. 119)

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Rose fut étonnée de sa propre violence. Ainsi donc, il suffisait qu'un inconnu vous redonne confiance en vous, vous fasse exister à nouveau, pour déverser sa colère et décider de balayer en quelques phrases définitives des années de vie passées auprès d'un homme ? Rose était perdue. Venait-elle de se libérer enfin ? Ou était-elle prisonnière de son emportement qui avait dicté des mots insensés ? Pensait-elle vraiment ce qu'elle disait ? Où n'était-ce que sous le coup de la rage ? Qui était-elle, cette colère ? Était-elle comme l'alcool qui soi-disant délie les langues et permet de sortir ce qui est enfoui au plus profond ? In Colère Veritas ? Ou In Colère n'importe quoi ?  (p. 149)

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