mercredi 14 juin 2017

Ultime partie - Marc Dugain



Ultime partie - Dernier tome de la Trilogie de l'Emprise
 
Marc Dugain




Bonjour à toutes et à tous,
 
En cette mi-juin caniculaire, je vous présente un livre qui attendait depuis un an dans ma bibliothèque : la dernière partie de la Trilogie de l'Emprise de Marc Dugain, intitulée Ultime partie.

A. Caractéristiques du livre

Titre =  Ultime partie
Auteur = Marc Dugain
Edition - Collection = Gallimard
Date de première parution =  2016
Nombre de pages =  252 pages


Note pour le roman = 13 / 20

 
B. Quatrième de couverture
Ultime partie est le dernier volet de la Trilogie de L'emprise. Launay, le favori de l'élection présidentielle, va enfin accéder au pouvoir et réformer la Constitution contre l'avis de son ennemi intime Lubiak. Les deux hommes se livrent un combat à mort, même s'il s'agit d'une mort symbolique. On y retrouve d'autres personnages de la série. Lorraine, l'espionne qui ne se sent pas à sa place, témoin de la disparitions du syndicaliste Sternfall, qui est menacée de mort par les services secrets français et américains alors que Launay a ordonné sa disparition. Terence, le journaliste d'investigation intègre qui prend la mesure de sa puissance et transige avec ses principes. Le récit nous entraîne dans les couloirs cachés de l'exercice du pouvoir mais aussi dans la réalités des service secrets.

C. Mon avis sur le livre
Après une petite déception pour le deuxième tome (intitulé Quinquennat) j'espérais un véritable feu d'artifice pour le grand final, mais cette fin de trilogie m'a plutôt fait l'effet d'un pétard mouillé.
En effet, je m'attendais à quelque chose comme un coup d'Etat, une mort suspecte ou un renversement démocratique comme pour conclure en beauté, mais la fin est plus que décevante.
De plus, même si c'est toujours un plaisir de retrouver les personnages des deux précédents tomes, la prose de Marc Dugain peut paraître alambiquée, lourde et complexe pour qui ne s'intéresse pas vraiment à la politique. Il est vrai que certains passages ressemblent à des extraits de cours de géopolitique.
Cela étant, tout n'est pas à jeter non plus : on retrouve notamment avec plaisir la verve et les propres réflexions de l'auteur sur le monde qui nous entoure, mises dans la bouche de ses personnages. De plus, l'atmosphère et les coups bas de ce monde politique (mondial) sont toujours retranscrits avec une très grande volonté de vérité.
En résumé, une fin un peu décevante pour cette trilogie politique, malgré ses indéniables qualités de réalité.
 
D. Liens vers les papiers concernant les deux autres tomes :
 
Tome 1 : L'Emprise - 
 
Tome 2 : Quinquennat -


E Quelques bons passages du livre
Terence, en journaliste d'investigation scrupuleux, avait déplié sur la table de son salon l'organigramme de ses enquêtes en cours. Une lampe, verre feuilleté émeraude, aux contours dorés, illuminait des papiers assombris par une écriture droite et minuscule. Toutes ses recherches semblaient englouties dans une même conspiration de l'opacité.  (p. 13)

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Une telle histoire révélée tardivement prenait les atours d'une fiction, mais Terence savait d'expérience que l'invraisemblable tutoyait souvent la vérité.  (p. 14)

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Rentrée politique, rentrée scolaire, rentrée sociale, rentrée littéraire, chaque année, un brouhaha artificiel entretenait l'illusion de la nouveauté, du renouveau, de la renaissance dans un conformisme cadenassé. Il faut dire que si la France aimait les rentrées fracassantes, elle aimait aussi les sorties discrètes qui s'effectuaient en sifflet à partir de début mai, à la faveur des jours fériés et d'une architecture calendaire qui relevait, dans sa conception des ponts, d'un mélange habile de génies civil et religieux.   (p. 24)
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Notre pays souffre d'un blocage politique qui fait que l'alternance ne produit plus rien de positif si ce n'est favoriser la montée de l'extrême-droite. De plus, le bipartisme qui régit nos institutions n'est plus représentatif de l'électorat d'aujourd'hui. Seule la classe politique tire satisfaction et avantage de ce clivage artificiel. L'extrême droite et les abstentionnistes sont ensemble une force politique désormais majoritaire dans notre pays. L'essence de notre Constitution n'est pas celle d'une monarchie parlementaire mais d'une monarchie absolue. La coexistence d'un Premier ministre et d'un président n'a plus le sens que lui avaient donné les institutions. En bref, la Constitution est vétuste et nécessite une réforme ambitieuse. J'ai décidé de l'entreprendre pour faire barrage à la montée d'un courant que je réprouve. (p. 25)

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Dans son adresse aux Français, Launay avait justifié cette nouvelle Constitution par la nécessité de fédérer les bonnes volontés pour aider la France à prendre la place qui lui revenait dans la mondialisation, même s'il convenait selon lui de s'interroger sur la pertinence des fondements de celle-ci, un matérialisme libéral dévastateur pour la planète.  (p. 34)

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Plus qu'un homme d'affaires avisé, Pasquale était quelqu'un qui avait la science des réseaux, ce phénomène des solidarités occultes où la France excelle.  (p. 56)

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La littérature ne va jamais aussi loin que quand elle oublie l'histoire qu'elle est en train de raconter. Comme si on oubliait la route pour se concentrer sur les bas-côtés et les paysages.  (p. 60)

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Launay, dont il avait été le Fouché, à peine élu, avait renversé les alliances pour se lier avec son ennemi héréditaire, la DGSE. Qu'attendre de ce genre d'individu ? Lui qui n'était pas particulièrement cultivé se souvenait de la phrase de Talleyrand à propos de Louis XVIII : "Si vous voulez avoir une idée de soin caractère, prenez deux boules de billard, trempez-les dans l'huile et serrez-les très fort." La métaphore convenait parfaitement à Launay, qui n'avait pas failli à la tradition selon laquelle le président de la République se devait d'être le personnage le plus complexe et le plus trouble du pays, infidèle en amitié, allant parfois jusqu'à jouer de ses propres trahisons. Chez Launay, l'amour du pouvoir s'invitait dans chaque fibre de l'individu, sans le laisser paraître.  (p. 71)

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Les temps que nous vivons sont inquiétants pour nos concitoyens. La violence liée au terrorisme a fléchi depuis que l'Etat islamique s'est effondré mais elle est toujours là. La pression migratoire due aux éternels conflits au Moyen-Orient et au réchauffement climatique ne fera que s'amplifier dans les années qui viennent. La tentation totalitaire est forte autant que la tentation isolationniste, elles ne cessent de grimper. J'ai bien fait d'initier cette VIe République. Les modérés devront enfin s'entendre pour réformer ce qui doit l'être, sinon l'extrême droite finira majoritaire. Cela me permet de redonner à la fonction présidentielle la distance qu'elle avait perdue, et le président pourra s'investir spécifiquement dans la diplomatie et les affaires de la défense, tout en procédant, pour le reste, aux grands arbitrages. Je vais vous paraître faussement modeste, mais je crois que plus personne n'est taillé pour la fonction présidentielle telle que de Gaulle l'avait conçue. Le costume est maintenant trop grand pour celui qui le porte. Les années passant, les présidents ont perdu la distance, le recul que demandait leur fonction et ils ont fini par s'occuper de tout en essayant de doubler leur Premier ministre dont la position est devenue progressivement inconfortable. Je me vois plus comme une sentinelle. Je vais définir les grands défis de demain parce que le monde change plus vite que nous ne percevons ces changements. Il est là notre problème.  (p. 73)

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La terrasse, dessinée avec soin, était abondamment fleurie. Elle s'ouvrait sur la place de l'Etoile. Un soldat inconnu y avait été condamné à passer le reste de son éternité à entendre des voitures se disputer la priorité, comme la mort sur un champ de bataille de la guerre de 14 n'était pas en soi une punition suffisante.  (p. 82)

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(À Terence, le journaliste) : En gros, faites votre travail comme vous l'entendez. Je compte sur l'autocensure pour qu'on ne crée pas de conflits. Moi, j'ai toujours eu un principe dans l'existence : on ne mord jamais la main de celui qui vous nourrit. Sans le complexe militaro-industriel, votre journal est mort. Si vous voulez qu'il continue, il respecte son généreux actionnaire et ses clients. Cela vous pose un problème ? Je comprendrais parfaitement, la porte est grande ouverte; les journalistes ont une clause de conscience, ils peuvent la faire jouer. Je ne vais pas intervenir dans quoi que de soit. Je n'en ai ni le temps ni l'intention. Si des enquêtes heurtent les intérêts de la maison mère, vous le saurez out de suite, sans détour. La franchise sera la règle.  (p. 85)

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Ce que je vous devant moi, dans ma petite expérience de journaliste d'investigation, c'est une classe politique qui ne vit que pour elle. Certains sont motivés par le pouvoir et les avantages qui y sont attachés, d'autres par l'argent, beaucoup d'argent, de plus en plus d'argent. Et ceux qui ont de vraies convictions ne peuvent pas percer. Ils en sont empêchés par ce bouclier de médiocres, qu'on appelle les partis, qui filtrent les bonnes intentions jusqu'à les faire disparaître. Je sais que je suis comme ces types qui travaillent à vider des fosses septiques dans les maisons de campagne et qui ont oublié l'odeur d'un pré, d'une fleur.  (p. 100)

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Terence s'interdisait tout a priori contre les hommes et les femmes politiques. Il adoptait une démarche scientifique, les faits, rien que les faits. Il finissait par les connaître intimement. Il avait toutefois pour Lubiak une prévention particulière : il sonnait creux comme un faux plafond. Il n'y avait pas en lui une once de sincérité. Il était de l'espèce des prédateurs sans scrupule apparue en différents lieux du globe, à l'Est particulièrement depuis la chute du mur, pour qui la politique offrait l'impunité nécessaire à des transactions complexes qui demandaient des années à un juge pour être démêlées. Probablement dissocié, Lubiak n'avait pas le sentiment de faire le mal.  (p. 121)

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Après le référendum, je m'occuperai de l'Europe. Aujourd'hui, elle se comporte comme un valet des Etats-Unis et de leurs lobbies. C'est une des raisons pour lesquelles elle n'avance pas. Elle n'a pas d'identité propre au prétexte qu'elle n'a ni défense ni diplomatie communes. Je vais me battre pour que cela change. Mais comprenons-nous bien, je reste l'ami de l'Amérique. Depuis de Gaulle, vous n'aurez jamais eu d'ami plus vigilant et plus exigeant.  (p. 127)

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Vous participez d'un contre-pouvoir que vous ne voulez pas exercer parce que vous avez des enfants à élever. Je peux le comprendre, mais alors pourquoi informer quand on n'informe pas sur l'essentiel, qui est la décomposition du paysage démocratique ? Si informer c'est montrer des maisons de stars vues d'avion plutôt que de dénoncer la sous-représentativité de la classe politique, sa collusion avec les milieux d'affaires et les services secrets, l'enrichissement personnel massif de certains quand nombre de citoyens s'appauvrissent etc. etc.  (p. 136)

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Désormais, l'objectif n'était plus d'affaiblir Lubiak mais de l'anéantir, d'obtenir sa décapitation politique. Et d'entraîner avec lui Volone et Corti, les deux insubmersibles de la République qu'il voyait finir échoués dans des profondeurs sablonneuses comme ces vieilles épaves rouillées qui jonchent le fond des mers, là où la lumière a renoncé. La question n'était plus de répondre aux attaques de Lubiak, mais de les prévenir par des frappes assassines. Lubiak, dont il présumait les calculs disposait de trois mois pour proposer au Mouvement patriote une alliance décisive.  (p. 163)

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Ce n'est pas facile de vivre dans un univers om la mort est la règle et la vie d'exception. Et quand on voit ce qu'on fait de nos vies, l'entreprise n'est pas à la hauteur du cadeau.  (p. 210)

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Toutes ces péripéties cachent la mort programmée du politique. Les grandes décisions se prennent ailleurs. Nos représentants connaissent le passé, pour les plus cultivés, appréhendent mal le présent, et quant au futur, il dépasse leur entendement. Ils ne feront pas partie des décideurs de demain et ils jouent la dernière représentation théâtrale du quartier des condamnés à mort. Ceux qui l'ont compris s'en mettent plein les poches dans un élan mafieux qui gangrène la classe politique européenne. Les autres font de leur mieux, déprimés par leur manque de résultat.  (p. 224)

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On ne dit la vérité qu'à ceux qui sont prêts à l'entendre, ce qui demande quelque disposition et une forme d'esprit qui a longuement mûri.  (p. 226)

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Terence pensait qu'à ce moment de leur histoire les citoyens français oscilleraient entre l'indifférence et la conclusion hâtive que toute la classe politique méritait le panier à linge sale pour faire place au Mouvement patriote drapé dans une virginité odieuse empruntée à Jeanne la Pucelle. L'électorat vivait dans la nostalgie du monde d'hier, exception faite des sympathisants du Mouvement patriote qui n'avaient pas quitté celui d'avant-hier.

Le cybermonde en rotation accélérée ne connaissait plus aucune des règles dans lesquelles la classe politique essayait de se rassurer, l'individu était aspiré ailleurs que dans les vieilles solidarités, promis à fuir le lien social pour se réfugier dans la bulle de la connexion, traitement psychotique de l'impatience, règne de la toute-puissance et du passage à l'acte sans conséquence.  (p. 226)

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Je n'avais aucune ardeur à vivre, une propension vertigineuse à l'ennui, et j'ai toujours su, au fond de moi, que c'était là le signe d'un grand destin.  (p. 254)

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