lundi 17 avril 2017

"Arrête avec tes mensonges..." de Philippe Besson



"Arrête avec tes mensonges..."
 
Philippe Besson




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce lundi de Pâques, je vous propose un roman que j'ai lu la semaine dernière, pendant mes vacances, un roman autobiographique sur le sentiment amoureux et les ravages du temps...Ce roman s'intitule donc "Arrête avec tes mensonges" et est écrit par le romancier Philippe Besson


A. Caractéristiques du livre

Titre =  "Arrête avec tes mensonges..."
Auteur = Philippe Besson
Edition - Collection = Editions Julliard
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  183 pages


Note pour l'essai = 15 / 20

 
B. Quatrième de couverture

Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : "Arrête avec tes mensonges." J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois, dans ce livre.

Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.

Mais un amour quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper.


C. Mon avis sur le livre

J'avais déjà lu un roman de Philippe Besson (cfr. D'ici, on voit la mer), roman qui m'avait plutôt déçu, car je trouvais qu'il racontait l'histoire d'un triangle amoureux relativement banal, sans rien d'extraordinaire...à part peut-être la toute fin du roman.

Toutefois, en voyant le propos de ce nouveau livre, je me suis laissé tenté en me disant que je ne devais pas rester sur une mauvaise expérience...et je ne regrette pas mon choix.

Ce roman sur la première aventure amoureuse de l'auteur (dont le souvenir lui revient à travers le fils de ce dernier) est très bien écrit : on ressent vraiment les émotions de l'auteur, tout l'amour qu'il a pu donner à ce Thomas Andrieu, mais aussi tout le mal-être qu'il subit, parce qu'il est contraint de cacher cet amour.

Le tout est écrit dans une prose légère et la fin est aussi tragique qu'inattendue. Tout cela nous donne un excellent moment de lecture, un roman qui se dévore !

Seul petit bémol : les scènes de sexe un peu trop explicitement développées, avec un vocabulaire peut-être assez peu approprié pour un roman grand public.

Toutefois, la prose de Philippe Besson est remontée dans mon estime et je compte peut-être lire, à l'occasion, un autre roman.


D. Quelques bons passages du livre

J'invente des vies à ces gens qui s'en vont, qui s'en viennent, je tâche d'imaginer d'où ils arrivent, où ils repartent, j'ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à ces inconnus à peine croisés, m'intéresser à des silhouettes, c'est presque une manie, il me semble que ça a commencé dès l'enfance, oui c'était là dès le plus jeune âge, maintenant, je me souviens, cela inquiétait ma mère, elle disait : arrête avec tes mensonges, elle disait mensonges à la place d'histoires, ça m'est resté, donc des années après je continue, je forme des hypothèses tout en répondant aux questions, en parlant de la douleur des femmes quittées, ce sont deux choses que je sais dissocier, que je peux faire au même moment, quand j'aperçois un homme de dos, traînant une valise à roulettes... (pp. 11-12)

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J'ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n'aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n'est qu'un instant, que ça disparaît et quand on s'en rend compte, il est trop tard, c'est fini, elle s'est volatilisée, on l'a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, les paroles roulent sur moi, ne s'accrochent pas, de l'eau sur les plumes d'un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant. (p. 18)

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Donc, je suis d'une époque révolue, d'une ville qui meurt, d'un passé sans gloire.  (p. 20)
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Aujourd'hui, je le giflerais, ce gamin de dix-sept ans, non pas à cause de ses résultats mais parce qu'il cherche seulement à complaire à ses juges.   (p. 21)
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Il n'imaginait pas que je puisse venir de cela, ce monde si rural, si minéral, ce monde lent, presque immobilisé, fossilisé. Il m'a dit : il a dû t'en falloir, de la volonté, pour t'élever. Il n'a pas dit : ambition, courage ou haine. Je lui ai dit : c'est mon père qui a voulu pour moi. Moi, je serais bien resté dans cette enfance, ce coton.  (p. 24)

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Plus tard donc, j'affronte la violence que provoque cette différence supposée. J'entends les fameuses insultes, au moins les insinuations fielleuses. Je vois les gestes efféminés qu'on surjoue en ma présence, les poignets cassés, les yeux qui roulent, les fellations qu'on mime. Si je me tais, c'est pour ne pas avoir à affronter cette violence. De la lâcheté ? Peut-être. Une manière de me protéger, forcément. Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c'est mal, ou : j'aurais mieux fait d'être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu'ils m'acceptent. Jamais. Je m'en tiens à ce que je suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier.  (p. 28)

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Il dit qu'il n'en peut plus d'être seul avec ce sentiment. Que ça le blesse trop.

Avec ces mots, il est entré dans le vif du sujet, il n'a pas biaisé. Il aurait pu se livrer à des manœuvres dilatoires, à des contorsions sémantiques, ou même tout bonnement abdiquer. Il aurait pu vouloir vérifier préalablement qu'il ne se trompait pas sur mon compte. À l'inverse, il choisit de s'offrir, de se mettre à nu, de dire, à sa manière, l'élan qui le pousse vers moi, au risque d'être incompris, moqué, rejeté.  (p. 41)
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Je me dis : et s'il regrettait ? Si, pour lui, tout n'avait été qu'un coup de folie, une erreur tragique, un fourvoiement grotesque ? Il se comporte comme si rien n'avait eu lieu, ou si comme tout devait être oublié, enterré. C'est même plus puissant qu'un oubli : cela ressemble à un déni. Je ne vois plus que ça, d'un coup : son désaveu. J'affronte la négation de ce qui nous a précipités l'un contre l'autre; la suppression de l'image.   (p. 56)

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Je me dis que plaire n'a duré que le temps d'une étreinte, dans un vestiaire. Que plaire n'a été qu'une illusion.   (p. 57)

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Je trouve que l'absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d'un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors, une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l'on ne possède pas de repères, où l'on pourrait se cogner, où l'on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l'absence, c'est d'abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors.   (p. 59)

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Pendant quelques semaines, je me demanderai s'il ne m'a pas choisi uniquement parce que j'étais disponible, parce que j'étais le véhicule idéal pour combler ses désirs réprimés, et parce qu'il n'en n'avait pas repéré d'autres comme moi. Je me répèterai : au fond, pour lui, je ne suis que le garçon avec qui il baise, rien de plus, réduit à un corps, un sexe, une fonction.   (p. 77)

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La jalousie ne m'est pas un sentiment inconnu, il est néanmoins très éloigné de moi. Je ne connais pas la possessivité, n'estimant pas qu'on dispose des prérogatives sur les êtres, je ne suis pas à l'aise avec la notion même de propriété. Je respecte au plus haut point la liberté de chacun (probablement parce que je ne supporterais pas qu'on entame la mienne).   (p. 108)

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Je sais que Thomas n'a consenti à cette unique photo que parce qu'il avait compris (décidé) que c'était notre dernier moment ensemble. Il sourit pour que j'emporte son sourire avec moi.   (p. 122)

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Il était déjà comme ça, à votre époque ? J'entends le "à votre époque", énoncé sans malignité qui expédie ma jeunesse dans des temps reculés, la fait ressembler à une curiosité, un objet d'étude, une bizarrerie.   (p. 136)

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Je perçois l'appétit et la désinvolture de ceux qui ont grandi sur une planète rétrécie, pour qui le voyage n'est pas une expédition mais une aventure ordinaire, pour qui la sédentarité est une mort déguisée. Je vois l'enfant mondial.   (p. 137)

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À la fin, la mort ce n'est qu'une affaire entre soi et soi ?    (p. 174)

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Tout de même, moi, je me demande comment on fait pour accepter cet entre-deux, cette absence qui n'est pas la mort, cette inaccessibilité qui n'est pas irrémédiable, cette existence fantomatique, comment on s'y résout, comment on n'est pas rattrapé par vagues régulières par le besoin de corriger cette imposture, de mettre fin à ce faux-semblant, de ne plus tolérer cette étrangeté ou tout simplement par le manque (on y revient sans cesse). On a beau vouloir respecter la liberté d'autrui (y compris quand on la juge égoïste), on a aussi sa propre douleur, son courroux, son spleen à surmonter. Mais je ne pose pas la question au fils amputé.   (p. 182)

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Je dis : courage, mais il s'agit peut-être d'autre chose. Ceux qui n'ont pas franchi le pas, qui ne se sont pas mis en accord avec leur nature profonde, ne sont pas forcément des effrayés, ils sont peut-être des désemparés, des désorientés ; perdus comme on l'est au milieu d'une forêt trop vaste ou trop dense ou trop sombre.  (p. 190)

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