vendredi 6 janvier 2017

Sur les chemins noirs - Sylvain Tesson



Sur les chemins noirs
 
Sylvain Tesson




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce jour de l'Epiphanie, mon billet concernera le dernier livre de l'écrivain-voyageur Sylvain Tesson, intitulé Sur les chemins noirs, un récit où il nous fait part de ses impressions lors d'un voyage à pied dans un pays qu'il ne connaissait pas : la France, qu'il parcourra en oblique de la Provence à la pointe du Cotentin.

En effet, il se fait là la réflexion qu'il a voyagé dans le monde entier, mais qu'il n'a jamais pris la peine de connaître son propre pays, résolution qu'il s'est faite après l'accident qui a failli lui coûter la vie l'an dernier.

Un récit assez bien écrit mais qui m'a parfois laissé perplexe !

 
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Sur les chemins noirs
Auteur = Sylvain Tesson
Edition - Collection = Editions Gallimard
Date de première parution =  2015
Nombre de pages =  127 pages


Note pour l'essai = 13/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Il m'aura fallu courir le monde et tomber d'un toit pour saisir que je dispose là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j'ignorais les replis, d'un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.

La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.

Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.

 
C. Mon avis sur le roman
   
Sylvain Tesson nous emmène donc sur les "chemins noirs" de France, autrement dit, les chemins perdus, de la Provence à la pointe du Cotentin et nous livre ce récit de voyage où se mêlent l'admiration d'un paysage touffu et naturel, non-gangrené par l'édification immobilière à outrance et où les gens vivent dans un certain dénuement et la critique de notre société actuelle qui chemine entre les moyens de communication, l'empressement du citadin et la consommation à outrance (aidée par les politiques)...Un pays, deux mondes bien différents, en somme.

À la fin du livre, je me fais la réflexion que, certes, le récit de voyage en lui-même est très intéressant, donne envie de voyager nous-mêmes à travers ces chemins sauvages et que les réflexions de l'auteur sur la superficialité de notre société sont relativement bien senties, mais également que le récit laisse tout de même un sentiment de labeur durement mené : en effet, Sylvain Tesson, dans son récit, se perd parfois dans des digressions que j'ai parfois trouvées syntaxiquement laborieuses et parfois relativement inutiles, ce qui m'a fait lâcher le livre à plusieurs reprises. Après tout, c'est le premier Tesson que je lis donc, peut-être est-ce là le style courant de l'auteur, je ne sais pas...

En somme, un livre de voyage assez chouette à lire mais qui pâtit parfois de quelques longueurs qui peuvent rebuter le lecteur le plus impatient.
 
D. Quelques bons passages de l'essai
 
Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l'aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie. Les médecins, dans leur vocabulaire d'agents du Politburo, recommandaient de se "rééduquer". Se rééduquer ? Cela commençait par ficher le camp.  (p. 17)
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Pourquoi le TGV menait-il cette allure ? À quoi servait-il de voyager si vite ? L'absurdité de laisser filer à 300 à l'heure le paysage qu'il faudrait ensuite remonter à pied, pendant des mois ! Pendant que la vitesse chassait le paysage, je pensais aux gens que j'aimais, et j'y pensais bien mieux que je ne savais leur exprimer mon affection. En réalité, je préférais penser à eux que les côtoyer. Ces proches voulaient toujours que "l'on se voie", comme s'il s'agissait d'un impératif, alors que la pensée offrait une si belle proximité.  (p. 19)
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Traverser les friches donnait l'occasion de disparaître, noble fantasme.  (p. 32)
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La carte était le laissez-passer de nos rêves.  (p. 33)

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Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d'un pays anciennement paysan. Ils n'appartenaient pas à cette géographie des "sentiers de randonnée", voies balisées plantées de panonceaux où couraient le sportif et l'élu local. Même à proximité d'une agglomération, la carte au 25.000ème livrait des issues : une levée de terrain, un talus discret, une venelle... (p. 34)

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Quand un pays de montagne se modernise, l'homme ruisselle comme une nappe d'eau. Et la vallée, frappée d'Alzheimer, ne se souvient même pas que la montagne a retenti de vie.  (p. 39)

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La tectonique est l'opium du paysage.  (p. 40)
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Aller par les chemins noirs, chercher des clairières derrière les ronces était le moyen d'échapper au dispositif. Un embrigadement pernicieux était à l'œuvre de ma vie citadine : une surveillance moite, un enrégimentement accepté par paresse. Les nouvelles technologies envahissant les champs de mon existence, bien que je m'en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n'étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut. Elles n'offraient pas un aimable éventail d'innovations, elles modifiaient notre présence sur cette Terre. Il était "ingénu de penser qu'on pouvait les utiliser avec justesse", écrivait le philosophe italien Giorgio Agamben dans un petit manifeste de dégoût. Elle remodelaient la psyché humaine. Elles s'en prenaient aux comportements. Déjà, elles régentaient la langue, injectaient leurs bétabloquants dans la pensée. [...] Amélioraient-elles l'espèce ? Nous rendaient-elles plus libres et plus aimables ? La vie avait-elle plus de grâce depuis qu'elle transitait par les écrans ? Cela n'était pas sûr. (pp. 41-42)
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L'homme manquait de tenue. L'évolution avait accouché d'un être mal élevé  et le monde était dans un désordre pas croyable.  (p. 42)
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Je persiste à croire que vivre ainsi, à l'écart des grandes voies, ne garantissait ni le confort, ni l'équilibre psychique mais permettait d'échapper au pire : les coups de téléphone et la queue dans les magasins, c'est-à-dire la défaite du temps et de l'espace.  (p. 53)
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Trop de café, trop de journal, trop de promesses, d'un monde meilleur, trop de cette mousse acide que les matins font naître dans le clapot des bistrots. Il fallait repartir dissoudre l'amertume à grands battements de pas. Et se dire que le haut débit était une solution fort acceptable à condition qu'il se résumât à celui des tonneaux percés d'un coup de hache dans les caves de Bourgogne.   (p. 92)

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Traverser ces villages donnait l'impression de passer la revue des façades en berne. Ce qui n'était pas fermé était à vendre, ce qui était à vendre ne trouvait pas acquéreur. Les monuments aux morts portaient les noms glorieux et il nous semblait que les quelques vivants vaquant dans les rues auraient pu s'ajouter à la liste. Les commerces florissants étaient les salons d'esthétique. "Quand le navire est abandonné, autant se faire une dernière beauté.", semblaient proclamer ces vitrines. Au moins le narcissisme alimentait-il l'économie.
Nous étions là au cœur du pays perdu, dans les zones grises de l' "hyper-ruralité". Les habitants de ce désert se persuadaient que Paris ne les entendait pas. Un peuple avait vidé les lieux dans un exode récent.  (pp. 99-100)
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Qu'est-ce qui était le plus secourable ?  Croire à l'éternité du paradis ou chercher l'ombre des morts dans les plis de la nature ?  (p. 114)
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Le pays était comme les agonisants : pas content de changer d'air. Le temps battait ses cartes, l'Histoire avançait et les vieilles structures s'effritaient. Dans les campagnes comme au sommet de l'Etat, l'institué vacillait. Nul n'avait prévu la suite. Les entre-deux ne sont pas agréables et personne ne semble rassuré à l'idée de vivre dans une nouvelle de Philip K. Dick. Restait la forêt pour les soirées charmants. Restaient les chemins noirs pour s'amuser un peu.  (p. 115)
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L'insomnie était cette répétition générale de la mort sans la bénédiction de l'accomplissement.  (p. 129)
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