mardi 11 octobre 2016

Quitte Rome ou meurs - Romain Sardou


Quitte Rome ou meurs !
 
Romain Sardou




Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce mardi, ma critique portera sur un livre que j'avais dans ma bibliothèque depuis plusieurs années et que je me suis décidé à lire, car j'avais besoin d'un roman épistolaire pour faire un défi lecture. J'avoue que le côté épistolaire me repoussait quelque peu au départ, mais ce roman fut une très bonne surprise.
 
Ce roman (documenté à partir de sources réelles) trace une relation épistolaire, à l'époque de l'empereur Néron, entre un certain Marcus, sénateur en fuite et le philosophe Sénèque, ce qui est l'occasion pour donner une belle leçon de philosophie.
 
  
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Quitte Rome ou meurs
Auteur = Romain Sardou 
Edition - Collection = Editions XO
Date de première parution =  2009
Nombre de pages =  148 pages


Note pour le roman = 14/20

 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
L'an 62 PCN, Néron règne en despote sur l'empire romain. Pour l'avoir offensé, le jeune patricien Marcus est condamné à mort. Traqué par la garde prétorienne, il doit fuir Rome et ses plaisirs et se cacher dans les provinces lointaines.
Trahi par sa famille, coupé de ses partisans, Marcus n'a plus qu'un seul allié, le grand Sénèque, avec qui il entame une correspondance secrète. A soixante ans, philosophe, grand littérateur, Sénèque est l'homme le plus célèbre de l'empire, mais vit retiré sur ses terres, occupant ses journées à lire et à écrire.
Tout en déjouant les pièges de ses poursuivants, Marcus, jusque-là frivole et impétueux, applique les conseils de son illustre ami, et reçoit au fil de ses lettres une magnifique leçon de vie et d'intelligence.
 
C. Mon avis sur le roman
   

Comme je l'ai dit dans l'introduction, ce qui m'avait repoussé dans ce livre (qui m'avait été offert), c'était la forme épistolaire, mais une fois entamé, le fond du récit l'emporte clairement sur la forme, et pour notre plus grand plaisir.
 
Cette correspondance, basée sur des documents authentiques, nous donne une vraie leçon d'histoire sur la Rome de Néron et sur ses crimes (dont le plus célèbre est l'incendie de Rome), mais aussi et surtout une vraie leçon de philosophie, relativement inspirante pour la vie de tous les jours et qui donne très envie de connaître plus en profondeur la philosophie de Sénèque.
 
Ceux qui sont passionnés d'Histoire et de philosophie antiques se retrouveront sans problème dans ce roman épistolaire, qui se lit avec attention et plaisir.
 
D. Quelques bons passages du roman
 
Périr, pourquoi pas. Tout est affaire de manière. Mourir en gravissant la tribune ? Je deviendrais une ixième victime du tyran, quantité négligeable, frappée avant d'avoir pu intervenir. Mourir au sortir du Sénat , après m'être fait, par le geste et la parole, le champion d'une noble cause ? J'entrais dans l'histoire, je remettais mon nom à la postérité, en queue de cortège, à l'ombre des deux Caton !
Tu le sais bien, cher Sénèque, mourir et mourir sont possibles. (p.12)
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Il ne faut pas attendre de clémence de la part de Néron, l'homme ignore la générosité et il n'est pas assez fin politique pour savoir, comme Auguste, user d'indulgence afin de gagner l'affection des peuples. Mais les enfants gâtés sont ainsi faits : rien ne nous défend d'espérer. Esclave des passions, il est aussi moutonnier que le multitude. Une saute d'humeur suffirait pour te sauver. Convaincu par l'avis populaire que ton nom est diffamé, il pourrait t'attirer à sa cour et voir en toi un nouveau confident !  (p. 21) 
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Notre Sénat ne vaut guère mieux, aujourd'hui, que la piste d'un cirque : sitôt que j'aperçois l'empereur, assis entre nos deux consuls éponymes, Regulus et Rufus, faire mine de régler sa politique sur les recommandations des sénateurs, cette mascarade du partage des pouvoirs me soulève le cœur. Il y aurait tant à faire savoir ! J'ai regretté, le matin de mon discours, que Néron se soit fait excuser à la curie. Le voir blêmir eût été une satisfaction de cynique.  (p. 31)
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C'est là notre erreur de ne voir la mort que devant soi : pour une bonne part elle a déjà fait son œuvre; tout le passé qui gît derrière nous, la mort le tient.  (p. 34)
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Or, prends garde que la lecture d'une foule d'auteurs et d'ouvrages en tout genre ne suscite chez toi la même ambulation et errance. Arrête un choix d'écrivains et pénètre-toi lentement de leurs œuvres, si tu vises à en tirer quelque chose qui te demeure durablement dans l'âme. Il est nulle part, celui qui est partout. À consumer sa vie en voyages, voici ce qui arrive : on s'est fait beaucoup d'hôtes, mais aucun ami. Le même sort attend ceux qui négligent de s'attacher en profondeur à un écrivain de génie. (p. 38)
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Tu veux savoir quelle est la saine mesure de la richesse ? D'abord, posséder ce qui est nécessaire; ensuite, ce qui est suffisant.  (p. 39)
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Un sage ne provoque pas les puissants, pas plus qu'un bon navigateur ne jette son équipage en pleine tempête. Les grands exaltés sont pour moi de grands maladroits. J'appelle courageux celui qui, prêt à braver les dangers, sait surtout les éviter. (p. 43)
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Dira-t-on jamais assez qu'on n'apprend à penser par soi-même que sur le vu de la pensée des autres, ceux-là précisément qui nous ont précédés et qui nous surpassent. (p. 48)
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Veux-tu que l'existence te soit douce ? Ne t'inquiète jamais de la voir finir. (p. 53)
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Quiconque ambitionnera de passer sa vie en sûreté devra fuir les bienfaits qui sont comme des entraves. Nous croyons les posséder, nous y sommes enchaînés. Notre course conduit à l'abîme; la fin de cette vie, c'est la chute; et s'arrêter en route n'est plus possible, dès lors que l'on cède au vertige de la prospérité. La fortune ne culbute pas l'homme; elle le chavire et le fracasse.  (p. 76)
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Soit, il est maintenant devenu clair pour toi, cher Marcus, tout dans la lettre me le montre, que nul ne peut mener une vie heureuse, ou même supportable, sans le recours aux exercices de la sagesse; que le bonheur parfait est le fruit d'une sagesse parfaite, et qu'une vie supportable est celui d'une sagesse ébauchée. Conviction qui doit être affermie et enracinée par une pratique quotidienne. (pp. 105-106)
 
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Traduire n'est-il pas la plus fort intimité que l'on puisse avoir avec une grande œuvre ? Dans ce travail, d'après moi, trois écoles se présentent : l'art du mot juste (qui est celui des savants), l'art de la périphrase (qui est celui des artistes) et l'art de la périphrase juste (qui atteint au summum du genre). Nous verrons bientôt de quoi je suis fait.  (p. 110)
 
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Ces derniers temps, le père de la femme que j'aime se meurt. À l'approche de la mort, le pire désagrément reste pour moi de se voir diminuer, dépérir, je dirais même, de se sentir se désagréger. Au lieu d'un choc soudain qui nous terrasserait, l'âge saccage sournoisement; chaque jour, il nous vole quelque chose de nos forces.  (p. 119)
 
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On appelle vieillesse l'époque de la lassitude, non pas celle où toute force est brisée. (p. 124)
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