mercredi 31 août 2016

Lithium - Aurélien Gougaud

 
Lithium
 
Aurélien Gougaud


Bonjour à toutes et à tous,
 
En cette veille de rentrée scolaire, je vous livre ici mon cinquième billet de cette rentrée littéraire.
 
Cette fois-ci, il s'agit d'un premier roman, assez prometteur : Lithium d'Aurélien Gougaud, fils d'Henri Gougaud (pour ceux qui connaissent)

A. Caractéristiques du roman

Titre =  Lithium
Auteur = Aurélien Gougaud
Edition - Collection = Albin Michel
Date de première parution = 2016
Nombre de pages =  183 pages


Note pour le roman = 14/20
 
B. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   
Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer. 
 
C. Mon avis sur le roman 
  
Comme je le disais dans l'introduction, ce roman est prometteur. Cela étant, je trouve qu'il vaut bien mieux par son style détonnant que par son histoire qui, somme toute, sort assez peu de l'ordinaire.
L'histoire est en fait, pour faire court, l'histoire de deux jeunes désœuvrés (anonymes) de la génération Y (la mienne, dans la vingtaine) : une femme, ancienne standardiste qui ne rêve que d'une chose, partir loin et un jeune homme qui "arnaque les vieux" au télé-conseil et qui vit une histoire d'amour très compliquée. Et enfin, les deux se rencontrent, après une soirée arrosée (dont ils ont tous les deux l'habitude).
Le style, quant à lui, est pour le moins passionnant : Aurélien Gougaud décrit cette jeunesse désœuvrée à coups de formules chocs, vacillant entre ironie et cynisme, mais en mettant toujours dans le mille, en déballant des vérités sur le monde qui nous entoure et ce, de manière permanente.
Bref, si vous cherchez une histoire passionnante, passez votre chemin. Mais, si vous êtes amoureux des styles particuliers, vous adorerez ce premier roman.

 
D. Quelques bons passages du roman

Imaginez un endroit confiné où les gens prendraient plaisir à s'entasser, un lieu commun des relations par intérim dans une atmosphère on ne peut plus irrespirable. Ce lieu existe et il a un nom : fumoir de boîte de nuit. [...] Sous la bouche d'aération, les gens se relaient comme s'ils étaient condamnés à ne jamais revoir l'extérieur. Vu d'un œil sobre, on est à mi-chemin entre une pub anti-tabac et un film de SF sur les dangers de la surpopulation. (pp. 7-8)
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À son âge, nombre de choix se profilent. Jusqu'ici, elle refuse d'y penser. On verra bien. Plus qu'un slogan facile, c'est un état d'esprit, un de ces principes qu'il serait trop éprouvant de devoir remettre en question. Comme un vote pour un parti politique, ou une formule de politesse bien assimilée. On verra bien. La facilité érigée en philosophie. Autrement dit, ne rien faire, en espérant que le temps, l'Autre ou une force abstraite -  que l'on appellera au choix Dieu ou hasard - fasse pour nous. (p. 8)
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Lorsque l'on parle de soi, le vrai n'est que du faux bien vendu. (p. 9) 
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Sa relation aux hommes est à l'image de sa manière de manger : le goût des bonnes choses mais la flemme de prendre le temps pour. Du coup, elle mange des McDo, des sushis, des pizzas. Du coup, elle a des plans cul, des rêves, des MST. Pour elle, l'amour, c'est juste se rendre suffisamment indispensable à une personne pour pouvoir passer à la suivante. (p. 9)
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Le manque de confiance en soi. Autant dire l'explication contemporaine à toutes les tares de l'espèce humaine. Que vous soyez jaloux, triste, méchant, pervers, dépressif, arrogant, lâche, violent, menteur, fainéant, ne cherchez plus ! Ce n'est que l'évidente traduction d'un manque de confiance en soi...Conneries. (p. 9)
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A trop intellectualiser les comportements, il s'intéresse aux autres comme l'on regarde à contrecœur un film médiocre dont on connaît déjà la fin. (p. 15)
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La gueule de bois ou la confrontation aux erreurs de la veille. (p. 19)
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Bienvenue en Occident, terre de progrès. Eriger les grands-parents en fondation du foyer, c'est pour les pays du tiers-monde. Laissons-les dépérir dans leurs excréments, ça créera des emplois, relancera la croissance et vendra de la bonne conscience en viager aux plus offrants d'entre nous. (p. 23)
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Dimanche, c'est aussi le jour du marché. Presque une coutume. Pour lui, presque une torture. Grand rassemblement de ménagères allant de chaussettes en épices au rythme d'un diaporama posthume, mélange d'émanations fétides et d'exposants vociférant des prix de barquettes de fraises comme des slogans soixante-huitards...Le coup de grâce pour tout homme en train de décuver. (p. 31)
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La radio, au fond, c'est un peu comme le communisme : dans l'idée, c'est formidable, mais la nature humaine rend l'idéal inapplicable et l'applicable forcément nauséabond.  (p. 45)
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La télévision a toujours le dernier mot. On ferme sa gueule, on écoute, on regarde pour ne pas voir. Aspirés par ce néant pixélisé, ils végètent quelques heures, le temps qu'Edouard rassemble la force nécessaire pour parcourir le mètre et demi le séparant de son oreiller. (p. 60)
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Faire abstraction des invectives d'un imbécile antipathique a toujours fait partie de son travail, mais face au visage ordurier de son supérieur, une question, jusqu'ici inconcevable, qui paraît soudain évidente : à quoi bon ? Se faire marcher dessus suffisamment longtemps pour gagner le droit d'exploiter les autres à son tour ? Accepter d'être sous-payée pour pouvoir prétendre à un statut acceptable . Pour devenir la pétasse sur l'affiche ? Ses pensées s'accumulent, contradictoires, assourdissantes. Evoluer dans un milieu qu'elle aimerait fuir, devenir lentement ce qu'elle déteste en prenant son choix pour une fatalité, ce n'est pas de la détermination, c'est du masochisme. L'erreur, c'est de prendre ses mauvais choix comme autant de portes que l'on condamne, alors qu'il est jamais trop tard pour... (p. 64)
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Sincère ou mythomane, ça ne change absolument rien. Il n'y a pas meilleur confident que le parfait inconnu, celui qui s'en fout, sans attentes ni jugements. (p. 72).
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L'optimisme aura duré trois verres. Pour une fois, il préfère afficher son mal-être plutôt que de se forcer à ne plus y penser.
Bien sûr que c'est contre-productif, mais au fond, où est le mal ? Les gens normaux font ça tous les jours, toute leur vie. Sois heureux, et conscient de ta chance parce qu'ailleurs, il y en a qui crèvent la faim, dit Maman, convaincue avant son somnifère. La vérité, c'est que quand on a faim, on ne pense qu'à ça. Le malheur, c'est un privilège. Etre heureux ou pas, une distinction qui ne vaut que pour ceux qui ont le temps de la faire. (p. 87)
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Quoi de plus tentant que de découvrir des fragments de l'existence d'une personne rencontrée la veille. Ses photos, ses goûts, ses opinions...Une sorte de bande-annonce exhaustive à échelle humaine. C'est quand même pratique, les réseaux sociaux, cet essor du contact virtuel et du manque de pudeur. En trois clics, l'accès à plus de données que n'en possède l'état civil sur n'importe quel individu. A sa naissance, c'était de la science-fiction. Aujourd'hui, assouvir cette curiosité malsaine est à la portée de n'importe qui. Mieux, tout le monde est d'accord.

On est tous un peu Big Brother sur les bords. C'est là qu'Orwell avait tort. Chacun a le droit de se mettre en scène, de se donner de l'importance, d'avoir une image, d'être le héros de son biopic en temps réel. Mieux, on CHOISIT de le faire. Exposer son inexistence, se nourrir de celle du voisin. Virtuellement. Elle ne serait même pas capable de dire s'il s'agit d'un loisir ou d'une nécessité. Connecté à tout en étant proche de rien. Cette ouverture au monde, ce n'est que de la solitude sophistiquée. (pp. 101)
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Le rendez-vous est à 13h30. En raison d'un incident de voyageur, le trafic est perturbé. C'est vrai que c'st plus propre dit comme ça . Avec un peu de chance, on pensera à une vilaine altercation plutôt qu'à des morceaux d'organes étalés sur les rails. (p. 291)
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Ecologiste, au mieux, on l'est en surface, en conscience, on s'émeut. Mais qui troquerait sa vie pour un air plus pur ou une planète plus propre, pour laisser un monde meilleur à ses hypothétiques arrière-petits-enfants ? Pas moi. Pas lui. Préserve ta santé et celle de ton poisson rouge, ce sera déjà pas mal. Vincent est écologiste. Le sort d'un sans-abri l'indiffère plus que celui d'un koala. (p. 127)
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Il se déplaît, comme tout le monde, à envisager cet autrement meilleur, cette vie hypothétique qu'il aurait pu avoir, si seulement il était, si seulement il avait... Ces regrets complaisants sont le propre des faibles. (p. 131)
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- Ah, toi aussi t'es atteint.
- Par ?
- Le syndrome du c'était mieux avant. T'es de ceux qui crachent sur le présent jusqu'à ce qu'il soit passé, c'est ça ?  (p. 140)
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