vendredi 15 avril 2016

Le mois belge d'Anne et Mina - Spéciale BD - L'élève Ducobu





Le mois belge d'Anne et Mina 
 L'élève Ducobu de Godi et Zidrou



Pour le mois belge d'Anne et Mina, nous sommes invités, en ce 15 avril, à présenter un fleuron de cet art typiquement belge qu'est celui de la bande-dessinée.

Mon choix, au-delà des traditionnels Tintin, Les Schtroumpfs ou Le Chat de Geluck, a été de choisir une BD tout aussi célèbre, contant les aventures d'un jeune cancre, l'Elève Ducobu, dessiné par Bernard Godisiabois, alias Godi et scénarisé par Benoît Drousie, alias Zidrou.
   
 Cette bande-dessinée, aujourd'hui déclinée en 21 albums, depuis 1997, conte donc l'histoire d'un jeune cancre, l'Elève Ducobu, scolarisé à l'école Saint-Potache, toujours installé à côté de sa brillante voisine Léonie Gratin (surnommée Miss 10/10 et sur laquelle Ducobu ne cesse de copier) et dans la classe dirigée par le cyclothymique Monsieur Latouche, adepte du devoir et de l'interrogation qui inflige à ses élèves une traditionnelle dictée aux champignons qui finissent par devenir indigestes et interroge sans cesse Ducobu sur ses tables de multiplication (qu'il ne connaît pas) et sur le sempiternel 6X7.
Ce qui rend cette bande-dessinée drôle à souhait, ce sont toutes les combines que Ducobu essaie d'inventer pour tricher sur sa voisine Léonie Gratin : cela va du télescope, aux paparazzis, en passant par la fausse hypnose ou encore la toute bête pêche à la ligne, ainsi que, dans les premiers albums, toutes les tentatives vaines de Léonie pour empêcher Ducobu de tricher, comme le chien méchant, l'ordinateur relié à l'imprimante ou le coffre-fort inviolable. Mais ce qui est encore plus drôle, ce sont les différentes situations qui se déroulent dans le lieu le plus prisé par Ducobu dans la classe, le coin, où, coiffé de son bonnet d'âne, il s'amuse avec Nénesse, le squelette de la classe, qui s'anime.
Cette série de bande-dessinée a été adaptée en romans pour la jeunesse : 12 romans qui ont été écrits entre 2004 et 2006.






Il faut ajouter qu'elle a également été déclinée, comme beaucoup, au cinéma, dans deux films, L'élève Ducobu et Les vacances de Ducobu que l'on peut qualifier d'assez moyens, voire médiocres qui, certes, restituent l'atmosphère de la bande-dessinée mais sont gangrénées par un scénario aux abonnés absents. Nous pouvons néanmoins, y remarquer une bonne interprétation de M. Latouche par Elie Semoun, malgré le fait qu'il hurle un peu comme une fille, ce qui entache un peu, à mon sens, la crédibilité du personnage.

 En somme, une chouette série de BD bien de chez nous qui fait beaucoup rire, mais dont je déconseillerais les méthodes aux enfants qui éventuellement liraient cette BD (et par extension, cet article). 

mercredi 13 avril 2016

Un chemin de tables - Maylis de Kerangal




Un livre culinaire
 
 Un chemin de tables de Maylis de Kerangal
 
Bonjour à toutes et à tous.


Aujourd'hui, mon petit billet portera sur un tout petit roman, assez cool et facile à lire, qui est le dernier opus de l'auteure de Réparer les vivants, Maylis de Kerangal. Ce petit opus, paru aux Editions du Seuil, pour la collection Raconter la vie, s'intitule Un chemin de tables.
Dans ce roman, nous suivons l'itinéraire de Mauro, jeune étudiant en économie qui décide de se reconvertir dans le milieu culinaire. Maylis de Kerangal nous retrace son parcours dans les différents types de restaurants dans lesquels Mauro travaille au travers d'une avalanche de cartes, de produits différents, qui nous emmènent en France et en Thaïlande.
 
A. Caractéristiques du roman

Titre =  Un chemin de tables

Auteur =  Maylis de Kerangal

Edition - Collection = Editions du Seuil

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  95 pages

Ma note pour le livre =  16/20

 
 
B. Petit mot sur l'auteure (Babelio)
 
Maylis de Kerangal est née à Toulon le 16 juin 1967.

Elle est l'auteur aux Éditions Verticales de deux romans, "Je marche sous un ciel de traîne" (2000) et "La Vie voyageuse" (2003) et d'un recueil de nouvelles très remarqué: "Ni fleurs ni couronnes" (2006).

 
Le 3 novembre 2010, elle remporte au premier tour le prix Médicis pour son roman "Naissance d'un pont". Le livre est la même année en sélection pour les prix Femina, Goncourt et de Flore.
En 2014, elle reçoit pour "Réparer les vivants" le prix Orange du livre, le Prix RTL-LIRE, le prix relay des voyageurs et le prix des lecteurs de l’Express-BFM TV, roman adapté au cinéma par Katell Quillévéré avec Émmanuelle Seigner et Anne Dorval.

Elle publie "À ce stade de la nuit" en 2014 aux Éditions Guérin) puis Un chemin de tables en 2016 (Le Seuil, collection « Raconter la vie »).

 
C. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
  
Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table.
 
Un parcours dans les coulisses d’un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d’un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue.
 
Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l’'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. A la fois jeune chef en vogue et gardien d’une certaine idée de la cuisine, celle que l’on crée pour les autres, celle que l’on invente et que l’on partage.
 

D. Mon avis sur le roman
 
Maylis de Kerangal nous transmet, avec ce livre, une chouette petite histoire, facile à lire, mais qui n'oublie vraiment rien quant aux diverses dimensions du monde culinaire : de la difficulté à tenir un restaurant aux diverses formules des restaurants en question, en passant par le peu de considération accordée par le personnage principal aux concours de cuisine télévisés, tels Top Chef.
 
En somme, un roman assez court, chouette à lire et qui donne une bonne vue d'ensemble, à mon sens, du monde de la cuisine, avec ses joies, ses peines et ses difficultés.
 
 
E. Quelques bons passages du roman
 
* La cuisine, il n'y avait jamais pensé comme à un métier possible. Aujourd'hui, on raconte volontiers le petit garçon qui venait traîner devant les casseroles à l'heure des repas, haussé sur la pointe des pieds le nez dans la cocotte, les yeux rivés à la fenêtre du four, le doigt trempé dans la crème - qu'est-ce qu'on mange ? C'est quoi ? On aime se souvenir du gosse concentré et maigrichon qui, ayant reçu un livre de recettes de gâteaux en primaire, entreprit durant plusieurs mois d'en réaliser un par jour au retour de l'école, un peu comme d'autres s'en vont dans leur chambre construire des mondes de Lego, organiser des combats de robots cosmiques, jouer à la Playstation, dessiner des joueurs de foot, ouvrir une bande dessinée.  (p. 17)
 
* Ce qui se joue à l'heure des repas est conçu comme un rapport au corps et une inscription dans le monde, l'idée d'une conscience de soi, autrement dit ce par quoi l'homme se distinguerait de l'animal  (p. 19)
 
* Puisque d'emblée la cuisine induit les autres, induit la présence des autres contenue dans le gâteau comme le génie de la lampe. Puisque la préparation d'un plat appelle immédiatement une table dressée, un autre convive, du langage, des émotions, et tout ce qui peut se jouer de théâtral dans un repas, depuis la présentation du plat aux commentaires qu'il suscite - borborygmes des convives bouches pleines et yeux écarquillés. (p. 21)
 
* Surtout, il pénètre dans un autre monde. Celui-là est séparé en deux par un mur que perce une porte à double-battant, il est scindé en deux zones contraires : la salle à manger sur la rue; les cuisines à l'arrière. La première est un théâtre, un espace de représentation offert au regard. Vaste, éclairée, pacifique. Ce qui frappe d'emblée est son bruissement continuel, un calme gorgé de sensations, de regards, d'intentions. On y perçoit des chuchotements, le tintement des verres, le froissement des nappes et celui des étoffes contre les dossiers des bergères, on y éprouve la suavité des bouquets de fleurs fraîches  et la profondeur moelleuse des tapis où s'enfoncent les talons des escarpins, les semelles de cuir... (p. 33)
 
* La décision de Mauro surprend aussi son entourage, on commence à ne plus pouvoir le suivre : mais qu'est-ce qu'il fout à la fin, c'est le master ou la cuisine ? Le garçon s'explique : le retour à la fac procède du désir de maintenir plusieurs fers au feu, de faire tourner plusieurs assiettes, tel un jongleur chinois, afin de toujours avoir de quoi jouer si une assiette tombe au sol, et se brise. Sans doute cherche-t-il encore à se cultiver un profil déjà original dont il sent bien qu'il lui octroie une singularité, une ampleur de réflexion, une ouverture d'esprit. (p. 41)
 
* C'est Top Chef. L'émission de télé-réalité fait un tabac, tout comme d'autres qui lui ressemblent et dont les audiences ne cessent d'augmenter. Le cuisinier est devenu un personnage important de la société contemporaine, une star médiatique désormais éloignée du type bougon et mystérieux qui sortait des plats depuis le secret de son antre, et les cuisines sont devenues des studios de télévision.  (p. 47)
 
* Ceux qui s'engagent dans cette voie sont prévenus, ils acceptent implicitement d'en baver, de résister, de s'endurcir, de se rallier à l'idée d'une sélection naturelle qui éliminerait les chétifs, les faibles, les hésitants, les insoumis.  (p. 50)
 
Le travail de Mauro rappelle que, contrairement à l'idée commune, le cuisinier le plus doué, le plus inventif, le plus juste, n'est pas forcément celui qui métamorphose le produit mais peut-être celui qui le restitue le plus intensément .  (pp. 72-73)