dimanche 12 juin 2016

Vous n'aurez pas ma haine - Antoine Leiris

 
 
 
Vous n'aurez pas ma haine 
 
Antoine Leiris




Bonjour à toutes et à tous.
 
Mon billet, en ce dimanche soir, portera sur le récit-essai dont tout le monde parle en ce moment, et à juste titre, car il est absolument émouvant et raconte cette histoire de la dignité d'un homme qui résiste face à la mort de sa femme, tuée par les terroristes du 13 novembre 2015. Le livre est donc celui d'Antoine Leiris, intitulé Vous n'aurez pas ma haine.
 

A. Caractéristiques de l'essai


Titre =  Vous n'aurez pas ma haine

Auteur =  Antoine Leiris

Edition - Collection = Editions  Fayard

Date de première parution = 2016

Nombre de pages =  139 pages

Pas de note pour ce livre, parce que ce serait de l'irrespect de noter le livre qui raconte un tel combat pour rester digne face à la barbarie croissante.


 
 
B. Petit mot sur l'auteur

Antoine Leiris est un journaliste culturel sur France où il animait notamment un magazine sur le cinéma.


C. Description de l'œuvre (Quatrième de couverture)
   

Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.


À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre Vous n’aurez pas ma haine, publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer.

C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

 

D. Mon avis sur le roman 
  


Vraiment, que dire ? Que dire face à la barbarie qui gagne nos sociétés actuelles, comment réagir quand quelqu'un vous raconte avec de tels mots, remplis d'amour, le deuil d'une épouse et d'une mère ? Comment expliquer à son fils que sa mère ne reviendra jamais ? Mais aussi, comment le lecteur et le critique pourraient décrire ce récit sensible, sorti tout droit du cœur d'Antoine Leiris ?

 
En effet, voici le témoignage d'un jeune père de famille qui, avec toute l'émotion qui se prête à ce genre d'exercice d'écriture nous confie sa vie quotidienne, toutes les sollicitudes dont il témoigne, mais aussi le souvenir de sa femme qui est toujours là. Un témoignage qui, comme chacun s'accorde à le dire, nous tire les larmes, même si, je le crois volontiers, ce n'était pas le but.
 
En somme, un récit sensible, sur le courage de ceux qui restent face à la barbarie et qui survivent sans cette haine dans laquelle il est, de nos jours, facile de tomber, mais aussi un récit qui perpétue la mémoire de celle qui est partie dans une prose sorti directement du cœur de l'auteur et qui vient percuter le cœur du lecteur avec violence.
 
 
E. Quelques bons passages du roman
 
Dans le salon, la télé est allumée. On attend, les yeux rivés sur les chaînes d'information en continu qui ont déjà lancé le grand concours du titre le plus racoleur, le plus pervers, celui qui nous maintient captifs, spectateurs d'un monde qui se délite. "Massacre", "Carnage", "Bain de sang". J'éteins l'écran avant que le mot "boucherie" ne soit prononcé. La fenêtre sur le monde est fermée. Place à la réalité.  (pp. 16-17)
 
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
J'attends, moi aussi. Une sentence. Quelques hommes en colère ont fait entendre leur verdict à coups d'armes automatiques. Pour nous, ce sera la perpétuité. Mais je ne le sais pas encore. On chante avant d'aller dormir. On se dit qu'elle va passer la porte de la chambre et reprendre avec nous le dernier couplet. On se dit qu'on va bien finir par nous appeler. On se dit qu'on va bien finir par se réveiller. (pp. 23-24)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Son visage, apparaît, flou, mal cadré, il n'en faut pas plus pour sortir Melvil du confort instable dans lequel l'avaient plongé les premières paroles de sa chanson. [...] Il la désigne immédiatement d'un doigt anxieux, se tourne vers moi, le sourire inversé et des larmes chaudes au bord des yeux. Je m'effondre, lui explique comme je peux que sa maman ne pourra pas revenir, qu'elle a eu un grave accident, que ce n'est pas de sa faute, qu'elle aurait aimé être avec lui, mais qu'elle ne pourra plus. Il pleure comme je ne l'ai jamais vu pleurer. La douleur, la peur, la déception, un caprice avaient déjà fait couler quelques larmes.  (p. 31-32)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 

Les armes, les balles, la violence, tout ça n'est que le décor de la scène qui se joue réellement, l'absence.   (p. 39)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Bien sûr, avoir un coupable sous la main, quelqu'un sur qui l'on peut reporter sa colère, c'est une porte entrouverte, une occasion d'esquiver sa souffrance. Et plus le crime est odieux, plus le coupable est idéal, plus la haine est légitime. On pense à lui pour ne plus penser à soi, on le déteste lui pour ne pas haïr sa vie, on se réjouit de sa mort pour ne plus sourire à ceux qui restent.
 
Ce sont peut-être des circonstances aggravantes, et encore. Les circonstances aggravantes, c'est pour les procès, pour quantifier la perte. Mais on ne compte pas les larmes et on ne les sèche pas sur la manche de la colère. Ceux qui n'ont personne à blâmer sont seuls avec leur chagrin. Je me sens de ceux-là. Seul avec mon fils qui me demandera bientôt ce qui s'est passé ce soir-là. Que pourrais-je lui dire si j'ai confié la responsabilité de notre histoire à un autre ? Si c'est vers cet autre qu'il doit se tourner pour comprendre ? La mort attendait sa mère ce soir-là, eux n'étaient pas que des ambassadeurs. (pp. 39-40)
 
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Mais les plus beaux moments de notre vie ne sont pas ceux que l'on colle dans les albums souvenirs. Je me souviens de tous ceux où l'on prenait juste le temps de s'aimer. (p. 50)
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
Les pages 63 et 64 entières qui sont la clé de voûte du livre et que donc je vous invite à lire.
 
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
On veut me rencontrer, me parler, me toucher. Je suis un totem. Evalué, mesuré, quantifié, comme s'il y avait une échelle de Richter de la tristesse et qu'ils étaient convaincus, avec moi, d'être face au "Big One". Ce tremblement de terre qui n'arrive qu'une à cinq fois par siècle. Magnitude 9. (p. 90)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
 
La fatalité a frappé, c'est tout. Elle ne m'a pas demandé mon avis. Elle n'a pas cherché à savoir si j'étais prêt pour ça. Elle est venue chercher Hélène et m'a obligé à me réveiller sans elle. Depuis je ne sais pas où je vais, je ne sais pas comment je m'y rends, et il ne faut pas trop compter sur moi. (p. 106)
 
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Chaque fois que Melvil est à la crèche, je me mets à mon ordinateur pour y expulser tous ces mots qui habitent dans ma tête. Comme des voisins du dessus qui écoutent la musique trop fort. C'est pour les faire taire que je les tape sur mon clavier, pour qu'ils cessent de se battre et me laissent dormir. (p. 125)
 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Mon présent doit devenir passé, et j'erre dans ce quotidien sans temps, dans ces derniers jours sans heures. (p. 128)
 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Le jeu est son arme, la prochaine bêtise est son horizon, un enfant ne s'encombre pas des choses des grands. Son innocence est notre sursis. (p. 138)
 
 
 
 
 



 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire