lundi 15 février 2016

Quinquennat de Marc Dugain

 
 
Nouvelle lecture
 
 Quinquennat de Marc Dugain
 
 
 
 
Bonjour à toutes et à tous.
 
Je vous reviens en ce 15 février avec un livre qui, malgré le fait qu'il fut dans ma PAL depuis 7 mois, m'a plutôt déçu, sans doute à cause de l'enthousiasme qu'avait suscité chez moi le premier tome de la série. En effet, ce roman qui m'a un peu déçu est le second tome de ce que l'on appelle déjà "La Trilogie de l'Emprise", le roman Quinquennat de Marc Dugain
 
 
 
A. Caractéristiques du roman
 
Titre =  Quinquennat
 
Auteur =  Marc Dugain
 
Edition - Collection = Editions Gallimard
 
Date de première parution = 2015
 
Nombre de pages =  292 pages

Ma note pour le roman =  13/20
 
 
B. Petit mot sur l'auteur
 

Marc Dugain est né en 1957 au Sénégal. Il rentre à l'âge de 7 ans. Après avoir fait des études de sciences politiques à Grenoble, il travaille dans la finance et devient entrepreneur dans l'aéronautique. Il commencera sa carrière littéraire à l'âge de 35 ans en narrant l'histoire de son grand-père qui est une "gueule cassée" de la Première Guerre Mondiale, dans le roman La Chambre des officiers. Ce roman obtiendra environ 20 prix littéraires dont le Prix des Libraires et le prix Roger-Nimier.
 
Son œuvre littéraire est surtout constituée d'histoires de personnages historiques contemporains comme Edgar Hoover dans La Malédiction d'Edgar, Staline dans Une exécution ordinaire.
 
Ses dernières œuvres sont les deux premiers tomes d'une trilogie de politique-fiction se situant dans la France d'aujourd'hui et narrant l'histoire d'un homme politique, Philippe Launay, qui tente de devenir Président de la République, poste qu'il finira par obtenir. Dans cette trilogie, tous les pouvoirs sont représentés : les pouvoirs de la finance, de la presse et des services secrets...et influenceront la destinée de ce président.  


C. Résumé de quatrième de couverture
 
Favoris à l'élection présidentielle, Launay a scellé pendant la campagne un pacte avec son plus farouche adversaire, Lubiak issu du même parti que lui. Mais Launay rêve de s'inscrire dans la postérité. Alors il change la donne en soumettant au référendum une nouvelle constitution. Une lutte à mort débute entre les deux hommes. Launay décide de se défaire de l'emprise que les services américains ont sur lui. Les alliances de circonstance, soudées avant l'élection, se renversent, et la lutte entre les services de renseignement s'intensifie.
 
Dans cette intrigue vertigineuse et actuelle, Marc Dugain réussit à entrer au plus profond de l'intimité psychologique de ses personnages et de la réalité tragique du pouvoir, là où les raisons de la lutte n'important plus et où l'élimination de l'autre devient un objectif en soi.
 

D. Mon avis sur le livre
 
Après avoir énormément apprécié le premier tome de la trilogie, intitulé l'Emprise et j'avais hâte de commencer ce roman, cependant au fil du roman, c'est la déception qui a fini par me gagner.
 
En effet, je m'imaginais, au vu du titre que Marc Dugain allait vraiment nous décrire, au travers de son personnage de Launay, comment se déroulait un quinquennat avec ses prises de décision, ses retournements de situation et ses influences, mais, en réalité, je déplore le fait que tout ce dont on nous parle n'est qu'effleuré, certainement dû à un énorme éparpillement des sujets évoqués dans le roman, que ce soit la nouvelle constitution, la nouvelle vie de l'espionne Lorraine, les enquêtes de Terence Absalon le journaliste...
 
De plus, certains gros blocs de phrases sont parfois tellement techniques (au niveau du vocabulaire) qu'il est difficile de suivre ce qui est énoncé et les tenants et les aboutissants des explications.
 
Cependant, il y a également pas mal de points positifs dans le roman. Par exemple, nous retrouvons dans le roman toute la précision dont Marc Dugain fait preuve dans tous les domaines qu'il évoque, que ce soit la réforme constitutionnelle, les tractations entre le ministre de Finances et les Qataris, les financements occultes...
 
On retrouve aussi tout ce qui fait le sel de l'actualité comme les islamistes, les Qataris qui investissent en France ou encore la progression notable de l'extrême-droite en France (au point que dans le roman, le candidat de cette mouvance arrive au second tout de l'élection présidentielle) ce qui rend le roman vraiment très actuel et très ancré.
 
Donc en résumé, un roman qui, certes, est bien ancré dans l'actualité, mais qui demeure, de par son éparpillement généralisé et par, dans certaines domaines, son incomplétude, reste mi-figue mi-raisin. Je m'attendais vraiment à mieux. 
 
 
E. Quelques phrases marquantes du roman
 
* De tous les pays de l'Union européenne, la France nous parait être celui qui représente le plus grand risque pour les intérêts américains. Après avoir eu longtemps un parti communiste fort, particulièrement pendant la Guerre Froide, la plupart des électeurs auraient suivi le chemin le plus court pour rejoindre l'extrême droite, l'extrême gauche sous forte influence trotskiste étant l'ennemi héréditaire. S'y sont joints une masse de mécontentes qui éprouvent un sentiment de malaise grandissant dans le processus de globalisation auquel la France, venant d'un système composite d'économie mixte, n'était pas préparée. Son appareil de production a été frappé de plein fouet par la mise en compétition des entreprises françaises, bénéficiant de technologies avancées mais handicapées par le poids des charges publiques et par des rapports entre décideurs et employés très détériorés. Il s'ensuit que, plus que jamais, la France, habituée à amortir les crises, amortit désormais la croissance. Ses dirigeants, issus en majorité de la haute administration française, n'ayant pas eu le courage d'imposer les réformes quant il était temps, attendent maintenant la croissance comme les officiers français attendaient les Allemands sur la ligne Maginot (p. 21).
 
* Il serait faux de croire que cette frange croissante de la population est majoritairement d'obédience fasciste. Que l'extrême droite n'ait jamais été aux commandes lui octroie une virginité qui, alliée à un langage simple, direct et non technocratique, en fait pour beaucoup de Français la seule alternative crédible à une classe politique non représentative favorisée par un scrutin qui exclut une grande partie de la population de la représentation nationale.
Le Mouvement patriote est clairement issu de l'extrême droite et ses dirigeants sont dans la ligne du populisme antisémite et raciste même si désormais ils s'en défendent. Nos experts sont convaincus que ce parti pourrait atteindre plus de la majorité des votants en France grâce à une abstention croissante. Le refus des partis en place d'évoluer vers des élections législatives à la proportionnelle maintient le Mouvement patriote loin du champ des responsabilités, situation qui non seulement en fait un martyr mais lui conserve sa virginité politique. (p. 22)
 
* Là c'en est trop. Vraiment trop. Le président sortant s'est fait balayer au premier tour. Le candidat du Mouvement patriote a fait un score en tout point conforme à celui qu'annonçaient les instituts de sondages et auquel personne ne voulait croire. L'arithmétique du second tour est ahurissant. Launay ne peut gagner que si au moins 91% des voix du président sortant se reportent sur lui. 91 %. Le fameux sursaut républicain. C'est sans compter sans une forme de voyeurisme, sans une possible envie d'expérimenter ce que cette extrême droit donnerait au pouvoir, pour la contempler se fracasser sur le rocher de la réalité. Cinq ans, c'est long. Se finira forcément dans le chaos. (p. 26)
 
* Lubiak n'était pas le premier homme politique français à vivre à Paris dans un appartement propriété d'un chef d'Etat étranger. En réalité, l'immeuble lui appartenait mais il ne pouvait le reconnaître étant donné l'origine des fonds qui avaient servi à l'acheter, aussi le Premier Ministre d'un Emirat le portait-il pour son compte. Pour être parfaitement en règle, il lui payait un loyer. Si l'élection présidentielle se déroulait selon ses vœux, Launay allait gagner et accéder à sa demande de le nommer ministre des Finances. Une position idéale pour lui permettre de développer ses affaires avec son correspondant des Emirats le cheik Al Jawad. Mais que cet homme soit son logeur créait une suspicion de collusion que quelques journalistes d'investigation malintentionnés à son égard ne manqueraient pas de souligner dès sa prise de fonction. Déménager d'une surface de 435 mètres au dernier étage d'un lumineux appartement haussmannien du 8e auquel il avait adjoint une terrasse aménagée pour accueillir une quarantaine de personnes les jours de réception, il ne pouvait l'envisager sans contrariété. Son installation était récente, elle datait de quelques mois.   (p. 57)
 
* Magnin (le candidat du Mouvement Populaire) commença le premier, tendu, multipliant les sourires crispés. Il fit l'erreur de vilipender le pouvoir précédent aussi longuement. Launay, quand vint son tour, approuva le bilan catastrophique de son prédécesseur, puis il se lança dans une analyse scrupuleuse du programme de son adversaire, avec calme et méthode, posant sa voix grave comme il savait le faire. Il en démonta tous les excès, l'absence de réalisme. Il fit un compte précis des conséquences d'une sortie de l'euro, de l'Europe, du retour au protectionnisme. Il en vint ensuite à ce qu'il appela "la stigmatisation de l'autre" comme processus de résolution de ses propres problèmes, une forme de lâcheté selon lui. De la lâcheté, il fait ainsi son fil conducteur pour mener à son adversaire était celui de la collaboration. Son adversaire eut alors le tort de conduite le débat sur le sujet de la corruption en tentant d'exhumer de vieille affaire qui avaient éclaboussé autrefois le parti de Launay [...] L'avantage d'avoir l'extrême-droite en face de soi au second tour, c'est qu'on n'a même pas besoin  d'avoir un programme. Il suffit de démonter le leur.   (pp. 65-66).
 
* Tout allait se jouer, se nouer dans les prochaines semaines et la confluence d'intérêts individuels créait cette grappe réjouie. Une grande partie de la superstructure d'Etat allait changer dans un ballet de dossiers et de cartons. De nouveaux cercles allaient se former, de plus en plus réduits, jusqu'à celui du président lui-même, une cour de hauts fonctionnaires et de militaires sortis des mêmes écoles, d'industriels espérant les faveurs du nouveau régime, un ménage de facilités légales et d'exemptions fiscales. La culture, exception française dans tout ce qu'elle a de bon et de mauvais, allait voir ses cadres renouvelés. Le robinet à subventions allait changer de mains, d'affinités, de réseaux, et même si la nostalgie d'autres époques était plus forte que l'espoir des temps nouveaux, chacun se devait d'en profiter.
En deux semaines, une nuée de collaborateurs de l'ancien régime allaient céder leur place à d'autres, ils seraient dignement recasés, par tradition nationale, en attendant de revenir aux affaires et de traiter ceux qu'ils remplaceraient avec les mêmes égards. Le changement des hommes ne doit jamais compromettre la pérennité du système et le doux ronronnement de peu variété depuis 1789. Les diplômes ont remplacé la naissance au bémol près que les titulaires des diplômes sont nés pour la plupart dans les mêmes milieux. L'égalité des chances qui faisait le socle de la République s'est érodée. Les hautes sphères de l'Education nationale vivent dans leur propre monde en gérant des concepts et des avantages qui excluent les enfants et nombre d'enseignants.
Bref, tout ce qui crée l'inertie française paraissait sur le point de se renouveler selon une version nationale du jeu de la chaise musicale, où l'on compte autant de chaises que de gens qui tournent autour.  (pp. 94-95).
 
* Ensuite, on s'attaque à la classe politique. On limite le cumul des mandats, pour de bon, cette fois. Et surtout, on limite le nombre de mandats. Pas plus de deux, vous allez voir. Vous allez voir l'intérêt de la chose. Ensuite on réforme le couple président / Premier ministre. L'Assemblée désigne le Premier ministre, et il gouverne pour de bon. Le présidence ne garde en direct que l'international, l'Europe, la défense et le long terme. Il peut dissoudre à tout moment l'Assemblée. Deux dissolutions et les députés perdent la possibilité de se représenter. Le président est au-dessus des partis même s'il peut en être issu, ce qui, dans l'avenir ne sera pas une obligation. Il garde la possibilité de faire passer un train de mesures par référendum si l'Assemblée est incapable de s'accorder. La durée du mandat du Président doit être dissociée de celle des députés. On revient à sept ans. Le président est là pour voir loin. On lui adjoint d'ailleurs un comité qui le conseille sur le long terme et qui définit des propositions à cet horizon. Le président dans cette nouvelle configuration ne peut faire qu'un seul mandat pour lui éviter toute pression électoraliste. Si le référendum est voté de droit votre mandat passerait de cinq à sept ans. Vous respecteriez votre parole de ne faire qu'un mandat.   (pp. 105).
 
* (Un clochard) : Quelle heure est-il ? Bientôt 10 heures. Je m'arrête à midi aujourd'hui, RTT oblige. Je vais changer de quartier. C'est un vrai métier de mendier. Comme je vous le disais, les riches décomplexés...marchent pas. Les très pauvres...peuvent pas. Ceux qui donnent sont ceux qui ont peur que la vie les fasse basculer dans mon état. Et j'observe qu'ils sont de plus en plus nombreux. Plus la crise est important, plus on est dans la rue. Le marché s'élargit, pour reprendre la terminologie de vos patrons, mais nous sommes de plus en plus nombreux, à nous le partager  (p. 139)
 
* La défaite des puissants, tant qu'elle n'a pas de conséquence pour ceux qui ne le sont pas, est toujours une source de réjouissance. (p. 145).
 
* Ce matin, je réfléchissais et je me disais qu'on a un des patronats les plus ficelles du monde, qui aime s'enrichir rapidement sans effort considérable. On entreprend pour faire fortune en quelques années avant de se retirer au soleil. Ou alors, on n'entreprend rien du tout, mais on met la main sur une boîte qui marche déjà et on se graisse copieusement. On dit que la classe politique n'est plus à la hauteur des enjeux, mais on l'est toujours plus que les dirigeants des principaux syndicats, de patrons comme de salariés, à quelques exceptions près. Nous sommes en plein dans l'ère de la non-représentativité, et il va falloir en sortir. Ce sera le grand chantier de mon quinquennat. (p. 160).
 
* Angélisme contre complotisme, le manichéisme de l'information. Depuis quatre ans que tu diriges ce journal, tu as géré l'investigation avec cynisme. Tu sais très bien qu'un journal comme le nôtre, s'il ne sort pas d'affaires, est mort pour ses lecteurs. S'il sort des affaires qui dérangent trop, est mort aussi, pour ses actionnaires et pour ses annonceurs. Alors tu voudrais doser. Sauf qu'il n'est pas question de doser, ni de choisir ses cibles. Je ne fais pas d'investigation sous-tendue par des motifs idéologiques. Je ne travaille pour aucune chapelle, aucune. Tu le sais très bien, et, évidemment, cela me fragilise, parce que je suis indépendant dans un média qui n'est pas  (p. 164).
 
Et bien d'autres phrases dans le roman !
 
 
 
 

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