mercredi 15 novembre 2017

Le chant du départ - Michel Audiard


Le chant du départ
 
Michel Audiard



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre qui est sorti de manière posthume...32 ans après le décès de son auteur. Cet auteur est donc le meilleur dialoguiste de cinéma du XXe siècle, à savoir Michel Audiard. Dans sa carrière, il s'était également essayé au roman et ce roman, qui vient de paraître, est basé sur le dernier manuscrit qu'il avait commencé mais que la mort l'a empêché d'achever.

Je vous présente donc le livre Le chant du départ de Michel Audiard.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le chant du départ
Auteur = Michel Audiard
Edition - Collection = Fayard
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 13 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Au Grand Vizir, bistrot donnant sur les miches verdâtres du lion de Denfert, on croise toute une galerie de personnages sur le retour. La grosse Clodomir, tout droit sortie de La nuit, le jour et toutes les autres nuits, Vera Varlope, un boxeur, un comédien qui attend son heure et Monsieur Michel, cinéaste. Au son menaçant des Caterpillars détruisant le quartier, Audiard tisse sa trame nostalgique d'un Paris menacé de disparaître, en revenant sur des souvenirs encore brûlants de l'Occupation et de projets professionnels avortés. L'instinct de mort, acheté par Belmondo pour être co-scénarisé avec Modiano, finira au placard lors de l'évasion de la Santé de Mesrine. On ne meurt pas d'amour aux Iles Borromées, scénario  inédit de 67, sert de prétexte pour proposer à Vera un rôle de stripteaseuse. Ensemble, ils écrivent le roman impressionniste d'une vieille et d'une époque, où les promenades nocturnes d'une rive à l'autre de la capitale ont valeur d'épopée.

C. Mon avis sur le livre
J'avais hâte que ce livre sorte en librairie, car je suis un fan absolu du dialoguiste Michel Audiard et je me faisais une joie de lire ce livre, basé sur un ultime manuscrit dont j'avais énormément entendu parler.

Cependant, autant je suis fan de Michel Audiard en tant que dialoguiste...autant je suis plus dubitatif quant au Michel Audiard romancier...J'avais déjà essayé de lire son livre le plus connu La nuit, le jour et toutes les autres nuits, mais j'ai abandonné au bout de quelques pages, tant le style me semblait lourd.

Pour ce roman, je crains que le style lourd ne soit de retour, ajouté à une intrigue qui ressemble à un embrouillamini de petites anecdotes collées ensemble, malgré une idée de départ assez tentante, qui était de raconter les rues du vieux Paris, en passe d'être détruites par la modernité et de raconter les personnes qui y vivaient et qui ont fréquenté le père Audiard, mais aussi de raconter des épisodes historiques qui ont eu une influence capitale sur le Paris du XXe siècle (à l'image de la Rafle du Vel d'Hiv) mais également de raconter le projet avorté d'un film sur Jacques Mesrine qu'il avait avec Patrick Modiano, à partir du livre du criminel intitulé Instinct de mort.

Ce qui sauve quelque peu le roman, c'est le langage utilisé, ce fameux langage titi parisien qui a fait la renommée de Michel Audiard, que l'on retrouve avec un plaisir immense dans ce roman.

En résumé, un livre qui vaut surtout pour la "langue audiardesque" que l'on retrouve avec un immense plaisir, plus que pour l'intrigue que je trouve assez décevante.


D. Quelques bons passages du livre
Je connais peu les trottoirs américains, mais je connais assez bien les trottoirs parisiens. Souvenez-vous : ces trottoirs où les concierges sortaient des chaises au soleil de Pâques. Elles ont disparu, les chaises, et les concierges avec et les trottoirs suivront bientôt. Ils seront remplacés, j'apprends, par des sortes de tapis roulants. Pour aller nulle part, ce sera bien pratique. (p. 10)

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À force de coucher avec les meilleures amies de sa femme et avec les femmes de ses meilleurs amis, il n'a plus de femme et n'aura bientôt plus d'amis.  (p. 11)
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Lorsque les tours auront définitivement écrasé nos acacias, quand les bétonnières seront montées jusqu'à nous et que le périphérique Nord-Sud recouvrira le petit square où dansait Charlotte, tout le monde sera là pour voir mourir le lion. (cf. Le Lion de Denfert)  (p. 14)

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Les défunts encombrent, bouffent l'espace,. Comment qu'on les foutrait en l'air, si on osait. Pour l'instant, on se retient encore un petit peu...L'Inconnu de l'Arc de Triomphe, par exemple, croyez-vous que personne n'ait jamais songé à le virer de là ? Imaginez un peu la belle avenue tout droite qui mènerait du palais du Louvre au château de Saint-Germain, d'une traite, si ce connard n'entravait pas la circulation !  (p. 15)
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À l'heure qu'il est, l'Adrienne se fait sauter au Moderna, l'hôtel juste de l'autre côté du square. Elle se fait quotidiennement enjamber, comme ça, vers cinq heures, en revenant des commissions. Elle traîne, comme on dit. Des fois, avec moi. Adrienne n'est pas vicieuse, elle s'ennuie.  (p. 18)

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La disparition de certains êtres m'a éduqué sur la précarité du bonheur.  (p. 20)
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Ainsi Wynn passe-t-il pour le dernier des salauds d'avoir sacqué le Kid, alors qu'il ne vient à l'esprit d'aucun d'entre nous qu'Adrienne soit une salope, qui pourtant le trompe comme c'est pas possible. (p. 23)

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L'Adrienne  ne s'est jamais autant déployée  en simagrées qu'à partir du moment où son Maurice a commencé de valdinguer à travers les rings, à se faire avoiner par les pires charlots. J'ai dès lors tout compris ! Ce n'était pas du champion qu'elle était folle, c'était du con.  (p. 24)

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Certains crimes laissent pantois par leur unicité, leur apparence hasardeuse. À l'inverse, les grands équarisseurs atteignent, de par l'étendue même de leurs forfaits, à des dimensions humoristiques fabuleuses.  (p. 33)



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Je pourrais, c'est sûr, attendre qu'on me supplie de les raconter, mes histoires, qu'on me téléphone, par exemple, d'Hollywood, mais certains de mes confrères ont attendu si longtemps...parfois attendent encore...je préfère glisser ça hypocritement dans mes livres pour débusquer le chaland. Un peu comme si je proposais sur catalogue. Les temps deviennent si difficiles... (p. 37)

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Dans l'esprit du vieux fripon, c'était moins les exploits d'alcôve qui avaient dévoyé son champion que ces rêvasseries malignes, ces sortes d'extases molle, en un mot cette douceur d'aimer qui constitue la nature même d'Adrienne. Il paraît que ça s'attrape. Dès lors embourbé dans le marécage des bons sentiments, le Kid avait perdu sa hargne, et sitôt qu'un battant s'humanise...  (p. 56)

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Justement, je la regarde, Adrienne, traverser la rue en espérant vaguement qu'elle passe sous le 26 qui en a écrasé de moins pires. Mais ce ne sera pas encore pour cette fois.  (p. 58)

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Un chagrin qui ne veut pas guérir crée autour de soi une clôture barbelée et fait, paradoxalement, que vous n'êtes plus jamais seul. Je connais.  (p. 74)

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- Ce n'est pas drôle du tout ! À la seule idée d'avoir pu faire souffrir Sévère, Véra est bouleversée. Peut-être - même probablement - n'a-t-elle aucun tort, mais elle se culpabilise à plaisir, tu la connais aussi bien que moi.
- Non, pas aussi bien
- Hier soir, quand nous parlions de son cul, tu avais pourtant l'air extrêmement documenté.  (p. 77)
 
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Si on ne prête pas attention à leur derrière, les dames vous prennent très vite en grippe.  (p. 80)

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Vous devez penser qu'il fallait avoir le feu au derche pour dire des choses pareilles ? Eh bien, je n'avais le feu nulle part. Absolument nulle part. Je venais de décider de me faire dépuceler comme on décide d'acheter un chapeau. (p. 82)
 
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Bouleversante chez les petits vieux, assez visqueuse chez les adultes, la panique du lendemain prenait chez la grande chérie un caractère hautement cocasse. Au sortir d'un carnaval d'amants, voilà qu'elle chavirait dans le ménager.  (p. 84)

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"Tout le monde n'a pas eu votre chance..." Quelle chance ? Probablement les cent dix films qui me laissent hagard et cousu de dettes ? Ou bien mes bouquins qu'on solde sur les quais ? Mais, en vérité, je suis là peut-être un peu  de mauvaise foi, puisqu'un effarant snobisme me pousserait assez à écrire de vilains films que tout le monde courrait voir et beaux livres que personne n'achèterait.   (p. 85)

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La haine tient chaud et je suis frileux.  (p. 90)
 
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Un régime totalitaire devient tout à fait exécrable lorsqu'il se complique d'un régime alimentaire.  (p. 93)

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Ce glorieux vélodrome, à la piste blonde, ce vieux et chaleureux et gai théâtre des Six Jours de Paris...Voilà que des épouvanteurs le transformaient en cage ! Et encore ignorait-on que cette abomination n'était que relative en regarde de ce qui allait suivre. Jamais ce que la guerre peut avoir d'avilissant, jamais ce que la force peut avoir d'imbécile, ne m'est apparu aussi caricaturalement qu'à travers cette effrayante mutation d'un temple de l'exubérance populaire en antichambre de la mort.  (p. 96)
 
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Ces simagrées font partie d'une politique de sauvegarde, comme les onguents, les crèmes miracles, les bains mystérieux qu'elle va prendre à l'étranger, les printaniers séjours en clinique d'où elle revient le ventre plat et les fesses lisses, aux trois quarts vierge.  (p. 101)
 
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Depuis Un singe en hiver de Blondin,  nul traitement cinématographique ne s'était annoncé sous de meilleurs auspices, à ceci près toutefois : le livre de Blondin était une pépite d'or fin, celui de Mesrine, un tas de merde. (p. 115)
 
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- Et vous, brigadier [...], quelle amphétamine prenez-vous pour être chaque jour plus con que la veille ? (p. 130)
 
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Depuis des années qu'on fabrique des phrases, on finit par parler tout seul, par répéter les mots qu'on disait au temps des débuts et qui reviennent sans qu'on les reconnaisse. On est sûr d'avoir déjà dit ça, dans le temps, quelque part, à quelqu'un, mais on ne sait plus très bien où ni à qui.  (pp. 157-158)
 
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challenge rentrée littéraire 2017
 

jeudi 2 novembre 2017

Edmond Ganglion & fils - Joël Egloff


Edmond Ganglion & fils
 
Joël Egloff



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre qui m'attirait depuis la sortie de son adaptation cinématographique, cette année, intitulée Grand Froid, avec Jean-Pierre Bacri et Arthur Dupont.

Je vous présente le livre Edmond Ganglion & fils de Joël Egloff, une plongée poilante dans le milieu des pompes funèbres.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le facteur émotif
Auteur = Joël Egloff
Edition - Collection = Gallimard  (Folio pour la version poche)
Date de première parution =  1999 dans une édition monégasque et 2001 dans une édition française.
 
Note pour le roman = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
 
Saint-Jean, c'est un petit village à la dérive, quelque part. On ne part pas de Saint-Jean, et jamais on n'y vient. On y est, on y reste.

Là-bas, rue Principale, les pompes funèbres "Edmond Ganglion & fils" agonisent lentement et ne comptent plus que deux employés : Georges, un vieux de la vieille, fossoyeur de la première heure, et Molo, un jeune homme serviable mais sans expérience. Ganglion s'angoisse, se ronge, et prie pour les affaires reprennent. Georges patiente et Molo rêvasse.

Un jour, un mort, enfin. Et tout commence...

C. Mon avis sur le livre

En voilà une histoire qui nous ferait presque aimer les pompes funèbres ! Pour un premier roman (il en a écrit d'autres depuis), Joël Egloff met dans le mille avec cette histoire de village sans aucun mort, qui ruine les pompes funèbres...jusqu'au jour "béni" où quelqu'un a enfin "la bonté d'âme" de claquer.

Commence alors, pour le convoi funéraire, une vraie aventure rocambolesque, teintée d'un humour caustique et tellement bien écrite qu'on ne peut lâcher le livre...et ce, jusqu'à l'ultime rebondissement...
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Chaque jour avec plus de certitude, Ganglion sentait la fin de son commerce approche. L'habitude qu'il avait prise en quarante ans de métier de n'intervenir, qu' "après" le rendait d'autant plus inapte à affronter cette lente décadence. C'était un homme d'épilogue, jamais il n'avait craint aucune situation désespérée, celles qu'il redoutait par-dessus tout étaient celles qui n'étaient que graves.  (p. 21)

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En dépit de ce marasme, il gardait une très haute opinion de sa profession. "Il y a deux personnes absolument indispensables en ce bas monde, disait-il. La sage-femme et le fossoyeur. L'une accueille, l'autre raccompagne. Entre les deux, les gens se débrouillent."  (p. 21)
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Chaque jour qui passait où rien ne se passait, il rentrait chez lui plus serein que la veille et s'endormait heureux, persuadé de faire, maintenant, le plus beau métier du monde, celui d'attendre à longueur de journée que les gens ne meurent pas.  (p. 28)
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Le soir même, après la fermeture, pris de remords, Ganglion partit à l'église, prier pour que la doyenne s'en sorte. Il promit qu'il ne boirait plus, et à tout hasard, il demanda que les affaires reprennent. Lorsqu'il voulut allumer un cierge pour valider ses prières, il fut sidéré en découvrant le prix affiché. "Cent francs, le cierge." En imposant de tels tarifs, le curé s'assurait que les paroissiens trop peu motivés n'obtiennent rien du ciel, que ceux qui demandaient tout et n'importe quoi ne le demandent plus, et que ceux qui remerciaient le fassent avec un peu plus de gratitude.  (p. 53)

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Ganglion avait été exaucé, mais il avait su garder la tête froide. Si ce défunt tombé du ciel lui permettrait au moins de calmer ses créanciers les plus pressants, il savait bien qu'il en faudrait plus d'un pour que les affaires reprennent. Il attendait beaucoup de la loi des séries.  (p. 61)

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Georges parlait peu; le moins possible. Un peu par lassitude, mais surtout par économie. Il redoutait que les paroles ne repoussent pas, un peu comme les dents, convaincu que si les enfants parlaient à tort et à travers, c'était parce qu'ils avaient encore leurs mots de lait. Lui qui tant de fois s'était heurté au silence des défunts, à leur manque de conversation, il avait fini par comprendre le lien de cause à effet pervers qui existait ente le bavardage et la mort.  (p. 78)

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Pour retarder le plus possible l'instant où ses derniers lui dessécheraient les lèvres, il s'était persuadé qu'en parlant peu, en étant bref, il aurait toujours quelque chose à dire, et tant qu'il aurait quelque chose à dire, il vivrait. (p. 78)

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On n'a pas besoin d'eux, on est payés pour enterrer le défunt, par pour courir après la famille. Tant pis pour eux, s'ils ne veulent pas nous suivre.  (p. 87)

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Désemparé, il avait finalement décidé d'appeler Ganglion pour lui rendre compte de la situation et lui demander des consignes précises. Molo avait été surpris de cette courageuse initiative. Il connaissait les colères de leur patron, et il fallait de la trempe pour le réveiller à cette heure et lui avouer qu'en pleine nuit ils promenaient le défunt à travers la région, sans savoir où ils étaient, sans savoir où était la famille, sans savoir où était le cimetière. Il avait surtout apprécié que Georges ne se soit pas dérobé et qu'à aucun moment il n'ait suggéré que ce soit lui qui appelle. Il dut reconnaître qu'il avait l'étoffe d'un meneur d'hommes.  (p. 111)

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Ce n'est pas contagieux la mort, tu sais, c'est héréditaire. C'est très différent : on n'y échappe pas. Tu peux garder ton mouchoir pour pleurer.  (p. 129)

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Certaines choses sont si difficiles à concevoir que notre esprit les rejette dans la douleur.  (p. 147)

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mardi 31 octobre 2017

La Trilogie Marseillaise - Marcel Pagnol


La Trilogie Marseillaise
 
Marcel Pagnol



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous propose de replonger dans la littérature classique du XXe siècle avec un des plus grands auteurs de la seconde moitié du siècle dernier : M. Marcel Pagnol.

Je vous présente donc les trois livres qui constituent la Trilogie Marseillaise de Marcel Pagnol : Marius, Fanny et César.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  La Trilogie marseillaise : Marius / Fanny / César
Auteur = Marcel Pagnol
Edition - Collection = Editions de Fallois
Date de première parution =  1929 / 1931 / 1936
 
Note pour le roman = Un classique, par définition ne peut pas recevoir de note. 


B. Résumé personnel des trois œuvres
César est bistrotier dans le Bar de la Marine, situé sur le Port de Marseille. Il passe ses journées derrière son bar, quand il ne fait pas la sieste ou ne joue pas aux cartes avec ses amis M. Brun, le capitaine Escartefigue et le marchand de voiles Honoré Panisse. César a un fils, prénommé Marius. Son père rêve qu'il reprennent le bar, mais Marius ne rêve que d'une chose : la navigation. Il est également amoureux de la petite Fanny, jeune marchande de coquillages sur le port. Cet amour est tout à fait réciproque. Un soir, les deux jeunes amoureux fautent et Fanny se retrouve enceinte. Marius, qui ne sait rien, décide de s'embarquer pour les Mers du Sud. Fanny est donc obligée d'avouer sa "faute" et de trouver une solution pour ne pas être "déshonorée". C'est ainsi qu'Honoré Panisse, qui est lui aussi très amoureux de Fanny, dès le début décide d'épouser la petite pour donner un nom au petit qui, une fois, aura le nom de Césariot et aura son vrai grand-père, à savoir César, pour parrain. Un an plus tard, Marius revient à Marseille et découvre que l'enfant de Fanny est en réalité le sien, mais sous la pression de Panisse et de César, il décide de repartir. Vingt années se passent et, au début de la dernière pièce, César, Panisse est mourant et décide d'avouer la vérité à son "fils", désormais étudiant à l'école Polytechnique, par l'intermédiaire de sa mère, Fanny. Apprenant la vérité, Césariot décide de partir à la recherche de son vrai père, Marius, qui s'est installé à Toulon en tant que garagiste et qui s'est associé avec quelqu'un réputé comme étant peu recommandable. Césariot arrive à le retrouver et se fait passer pour un journaliste, tout en mentant à sa mère, à laquelle il prétend être allé à Palavas, dans la maison d'un ami, qui, à l'improviste arrive à Marseille pour le voir. À son retour de Toulon, Césariot se fait copieusement disputer par sa mère et son grand-père, mais il dit regretter d'être allé à Toulon, car il pense que Marius qui, selon son collègue ferait du trafic d'êtres humains n'est pas digne d'être son père et veut conserver Panisse comme père dans sa mémoire. C'est alors que Marius et son collègue, Fernand, arrivent à Marseille pour rétablir la vérité. La trilogie se finit par une scène où Marius prend Fanny dans ses bras.


C. Mon avis sur le livre

Quel avis donner sur une telle Trilogie, véritable institution de la littérature française de la seconde moitié du XXe siècle ? À part le fait de la recommander à tout le monde et de dire que cette Trilogie fait vraiment partie des livres que l'on doit absolument lire dans sa vie.

Une œuvre qui sent bon la Provence, où l'on entend l'accent rien qu'en lisant les répliques. De plus, les diverses adaptations cinématographiques qui en ont été faites (tant celle des années 30, que le téléfilm avec Roger Hanin, que les films Marius et Fanny réalisés par Daniel Auteuil) donnent vraiment une dimension complémentaire à l'œuvre et la rendent encore plus vivante.

En bref, une Trilogie à lire et à voir absolument !
 
D. Quelques bons passages du livre
 
César : Quand on fera danser les couillons, tu ne seras pas à l'orchestre.   (Marius, p. 42)

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Marius : Il y a longtemps que je l'ai remarqué. Il n'y a rien d'aussi pénible que le travail.  (Marius, p. 44)
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Honorine à Panisse : Qué, mon âge ? Il y en a de plus jolies que vous qui courent derrière ! Mon âge ! Et il faut s'entendre dire ça par un vieux polichinelle que les dents lui bougent !  (Marius, p. 51)
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Honorine à Panisse : Si on vous avait mis une voile entre les cornes, il aurait fallu une brave quille pour vous tenir d'aplomb.  (Marius, p. 52)

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Panisse : Allez Norine...Parlez pas de ce que vous ignorez !

Honorine : Je sais qu'il n'y a rien de plus beau que l'amour.

Panisse : Mais je suis bien de votre avis.

Honorine : Mais il vaut mieux avoir dix-huit ans.

Panisse : Eh bien, la petite a dix-huit ans.

Honorine : Et vous, vous en avez cinquante ! 

Panisse : Et oui ! Mais j'ai 600.000 francs 

Honorine : Ah ! Mon pauvre Panisse, les chemises de nuit n'ont pas de poches ! Moi, je vous parle dans votre intérêt. Bien sûr, c'est un beau parti pour ma petite...Mais quand je pense à ça et que je vous regarde, je vous vois une paire de cornes qui va trouer le plafond.  (Marius, pp. 56-57)

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César à Panisse (pendant la partie de cartes) : Quand tu me parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme si j'étais un scélérat...Je ne dis pas que je vais pleurer, non, mais moralement, tu me fends le cœur.  (Marius, p. 131)

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César à Marius : Ecoute, Marius : tu ne connais pas encore bien les femmes, mais moi, je vais te les expliquer. Les femmes, c'est fier, et c'est délicat. On a beau ne rien leur dire : ça voit tout, ça comprend tout, ça devine tout. Hier, quand cette petite, au commencement, t'a parlé de votre mariage, c'était pour voir la tête que tu ferais: et toi, comme tu n'es pas pressé, tu as dû lui offrir, sans te rendre compte, un mourre de dix pans de long. Alors, té, par fierté, elle bat en retraite, elle dit : "Je crois que je suis trop jeune...Et nous avons bien le temps..." Mais moi je suis sûr que si tu lui disais  que la messe est commandée pour demain matin, elle serait à l'église avant le bedeau. (Marius, p.165)

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César : J'aurais dû savoir qu'il ne faut rien demander d'intelligent à M. Escartefigue, amiral de banquettes de café, commodore de la moleskine !  (Fanny, p. 14)

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M. Brun : Allez, on ne meurt pas d'amour, Norine. Quelquefois, on meurt de l'amour de l'autre, quand il achète un revolver - mais quand on ne voit pas les gens, on les oublie...  (Fanny, p. 20)

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M. Brun : Dans le monde entier, mon cher Panisse, tout le monde croit que les Marseillais ont le casque et la barbe à deux pointes, comme Tartarin et qu'ils se nourrissent de bouillabaisse et d'aïoli en disant "bagasse" toute la journée. 

Panisse : Eh bien, Monsieur Brun, à Marseille, on ne dit jamais bagasse, on ne porte pas la barbe à deux pointes, on ne mange pas très souvent d'aïoli et on laisse le casque pour les explorateurs - et on fait le tunnel du Rove, et on construit vingt kilomètres de quai, pour nourrir toute l'Europe avec la force de l'Afrique. Et en plus, Monsieur Brun, en plus, on emmerde tout l'univers. L'univers tout entier, Monsieur Brun. De haut en bas, de long en large, à pied, à cheval, en voiture, en bateau et vice versa. Salutations. Vous avez bien le bonjour, Gnafron.   (Fanny, p. 26)

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Claudine à Honorine : Laisse-moi, laisse-moi. C'est bien possible que je sois bête, mais tout ce que je fais, je le fais de bon cœur.  (Fanny, p. 63)

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Claudine : Quand un homme de cinquante ans a envie de se marier, et quand sa situation lui permet de s'offrir une jeunesse, pourquoi voulez-vous qu'il aille chercher une femme vieille et laide, qui dépense vingt sous par jour en tabac à priser ?    (Fanny, p. 73)

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Honorine : Zoé aussi, quand elle avait 15 ans, elle était sage, elle jouait toute seule avec ses poupées...elle n'aimait pas les garçons, et si un essayait de l'embrasser dans un coin, elle lui graffignait la figure comme une furie...Et puis après, quand elle a connu l'Espagnol, adiou botte ! Ca lui a pris comme un coup de mistral, et elle est devenue ce que vous savez : elle était comme un parapluie fermé, qui ne peut pas tenir debout tout seul.   (Fanny, p. 78)


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Honorine : Alors, toi, tu trouves tout naturel qu'une fille rentre chez elle avec un polichinelle sous le tablier ?  (Fanny, p. 88)

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Honorine : Quand on n'a pas d'enfants, on est jaloux de ceux qui en ont et quand on en a, ils vous font devenir chèvre ! La Sainte Vierge, peuchère, elle n'en a eu qu'un et regarde un peu les ennuis qu'elle lui a faits !   (Fanny, p. 98)


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César : Tu vois ! Tu viens de montrer le fond de ton idée ! Tu épouses Fanny parce qu'elle est jeune et que ça te ferait plaisir de frotter sa jolie peau fraîche contre ton vieux cuir de sanglier.   (Fanny, p. 132)

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César : Je comprends qu'à cause du qu'en-dira-t-on, elle veut te mettre au lit de Panisse. Mais qu'Est-ce que ça peut nous faire, les commérages de quatre vieille déplumées qui tricotent sur les portes ? Et ta mère ? Elle devient chatouilleuse, tout d'un coup ! Est-ce qu'on ne disait pas, autrefois, qu'elle était la maîtresse de ton père, avant leur mariage ? Et après ? Est-ce que ça les a empêchés d'être heureux ?  (Fanny, p. 138)

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Césariot : En somme, on peut dire qu'on a fait une certaine publicité autour de cette histoire...Et moi, toute ma vie, j'ai vécu dans l'ignorance de la comédie qui se jouait autour de moi... Il a dû y en avoir des conciliabules, des chuchotements, des inquiétudes...Et le pauvre pape devait avoir un drôle d'air au milieu de cette aventure...Quel rôle on lui faisait jouer !  (César, p. 73)

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Fanny à Césariot : Si je ne l'avais pas aimé, tu ne serais pas là pour me le reprocher. (César, p. 75)

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Le chauffeur : C'est en venant vieux que vous êtes venu couillon ou c'est de naissance ?  (César, p. 100)

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Fernand : Oh ! Sainte Bonne Mère ! Mais alors, c'est le fils de Marius ?

M. Brun : Chut !!

Escartefigue : De mauvaises langues l'ont dit.

M. Brun : Et de bons esprits l'ont cru.   (César, p. 153)

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Marius : Pendant des années, aux yeux de tous, j'ai passé pour un saligaud. Et eux, ils étaient tous des saints : surtout Panisse, le saint Honoré ! Tout le monde s'extasiait, il a donné un nom à l'enfant !...On pourrait dire aussi que j'ai donné un enfant au nom de Panisse...Je ne veux pas du mal d'Honoré, c'était un homme simple et bon. Mais, dans cette histoire, quel grand sacrifice a-t-il fait ? À cinquante ans, il s'est offert une petite jeune et fraîche. Si vous appelez ça un sacrifice, moi j'en connais beaucoup qui le feraient souvent, et même deux fois par semaine  (À César) Toi, tu as été content de me voir partir. Parce que, si j'avais épousé Fanny, j'aurais été le chef de famille, et j'aurais eu l'autorité sur le petit. Tandis qu'avec Honoré, tu l'avais belle pour satisfaire ta manie de commander. Et toi, Fanny, toi...
 
Fanny : Tu vas dire que j'ai été heureuse...
 
Marius : Non, toi, je sais bien que tu n'as pas dû rire tous les soirs, et que tu t'es sacrifiée. Mais enfin tu es devenue une dame. Les clovisses, tu les ouvres plus, tu les manges... Tu t'es sacrifiée sous les yeux de la bonne et de la nourrice, assise dans un bon fauteuil, auprès d'un bon feu; et chaque jour, devant une table bien servie, tu t'es sacrifiée de bon appétit...  (César, p. 164)
 
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César : Qu'est-ce que ça veut dire ce rire ? Ca veut dire que je suis une vieille bourrique, comme, par ton refus de me répondre, tu fais semblant de dire, sans le dire que je suis coléreux, et que tu as peur de ma colère ! Et vous aussi, monsieur Brun. Vous ne répondez rien, mais vous faites semblant d'en penser le double ! Quant à "Hum" (le docteur) avec son air supérieur, je me fous de ce qu'il ne dit pas et de sa coqueluche des vieillards ! Qu'est-ce que ça veut dire, à la fin ? Depuis trente ans vous venez chez moi tous les jours et vous dites que je suis coléreux ? Je supporte la stupidité d'Escartefigue, je supporte les lyonnaiseries de M. Brun, je supporte le silence de ce médecin de chèvres, je supporte la présence de ce petit macaque qui ne paie jamais ses consommations et qui, de plus, ne boit jamais rien, et vous dites que je suis coléreux ?

M. Brun : Non. Il n'est certainement pas coléreux. Et il nous le prouve.  (César, p. 172)

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Le Docteur : Ca te fait peut-être du bien. Mais ça fait du mal aux autres. Et puisque tu m'as demandé mon opinion, je vais te la dire : le médecin des chèvres est tout qualifié pour donner une consultation à une vieille bourrique. Tu es un emmerdeur, César, pas autre chose. Très bon dans le fond, et très sensible, mais d'une fréquentation intolérable. Tu vis tout seul, parce que personne ne veut rester avec toi. Tu as fait fuir les garçons, tu as fait fuir les bonnes, tu as fait fuir les clients , tu as même chassé ton fils.  (César, p. 173)
 
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mercredi 18 octobre 2017

Le facteur émotif - Denis Thériault


Le facteur émotif
 
Denis Thériault



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai lu dans le cadre de mon défi lecture Facebook pour lequel un des défis était de lire un livre d'un auteur québécois.

Je vous présente donc le livre Le facteur émotif de Denis Thériault


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le facteur émotif
Auteur = Denis Thériault
Edition - Collection = Editions XYZ  (Livre de Poche pour la version poche)
Date de première parution =  2005
 
Note pour le roman = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
 
Bilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mène une existence tranquille. À l'ère des mails et des téléphones portables, il n'a plus souvent l'occasion d'acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il ne la livre pas tout de suite et, chez lui, le soir venu, ouvre l'enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire. Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène qui écrit régulièrement des haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour l'inconnue grandit à l'abri du réel, un étrange coup du sort lui offre une opportunité providentielle...

C. Mon avis sur le livre


Cette histoire est une espèce de chouette petit conte de fées moderne avec le petit facteur qui tombe amoureux de l'élue de son cœur rien qu'en lisant son écriture et qui va tout tenter pour continuer cette correspondance (sous la forme un peu particulière de haïkus), allant jusqu'à usurper l'identité de celui qui écrivait à cette femme avant lui.

Une chouette petite histoire, assez comique et légère qui se lit avec plaisir et qui intéressera sans doute les amateurs de haïkus. Juste un petit bémol sur la fin que j'ai trouvée un peu étrange.

J'ai appris, en regardant la bibliographie de l'auteur qu'une sorte de prequel existait à ce roman, un roman intitulé La fiancée du facteur : la lecture de ce premier roman me donne tout de même envie de lire le second.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Aux Postes, ses collègues n'y comprenaient rien. Surgissant au Madelinot en bande bruyante pour y déjeuner, ils raillaient les travaux d'écriture de Bilodo. Des puérils gribouillis, disaient-ils. Bilodo ne s'en formalisait pas car ses amis n'étaient, au fond, coupables que d'ignorance; à moins d'être un adepte éclairé et fervent, comment pouvait-on goûter la subtile beauté d'un trait, le délicat équilibre des proportions régissant la ligne formée avec soin ?   (p. 15)

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Les lettres de la Guadeloupéenne ne contenaient rien d'autre. Toujours un seul feuillet sur lequel était écrit un seul poème. C'était peu, et pourtant généreux, car ils vous nourrissaient autant que tout un roman, ces poèmes, il s'inscrivaient dans l'âme, n'en finissaient plus d'y vibrer.  (p. 23)
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Bilodo savait que Ségolène était institutrice à Point-à-Pitre, et il savait aussi qu'elle était belle grâce à une photo qu'elle avait expédiée à Grandpré, vraisemblablement en échange d'une des siennes car elle avait écrit au verso : "Charmée d'avoir fait votre connaissance photographique. Me voici à mon tour avec mes élèves".  (p. 27)
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Bilodo était amoureux comme jamais il n'aurait pu concevoir qu'on puisse l'être. L'empire que Ségolène avait pris sur son âme était si vaste que parfois il s'en inquiétait, craignant de ne plus s'appartenir, mais l'alchimique lecture de quelques haïkus transmuait vite son angoisse en béatitude, et alors il remerciait la vie de le favoriser ainsi, d'avoir mis la belle Guadeloupéenne sur sa route.  (p. 28)

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Un éclair zébra le ciel à l'instant où une prise de conscience tout aussi fulgurante illuminait Bilodo : avec la disparition de cette lettre, engloutie par les entrailles du monde, c'était son seul lien avec Ségolène qui venait de se rompre.  (p. 41)

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Au fond le principe en était plutôt simple : le haïku visait la juxtaposition de l'immuable et de l'éphémère. un bon haïku contenait idéalement une référence à la nature (kigo) ou à une réalité pas seulement humaine. Sobre, précis, à la fois dense et subtil, il évitait l'artifice littéraire et les marques habituelles du poétique telles la rime et la métaphore. L'art du haïku était celui de l'instantané, du détail. Il pouvait s'agir d'un fragment de vie, d'un souvenir, d'un rêve, mais c'était avant tout un poème concret en appelant aux sens et non aux idées.  (p. 63)

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Bilodo parcourut les différentes pièces, avec un frisson d'excitation devant ce riche gisement d'existence qui n'attendait que d'être prospecté. Il fouillerait partout, s'imprégnait de l'atmosphère des lieux, en aspirerait le moindre effluve. Il vampiriserait l'aura évanescente de son prédécesseur, apprendrait tout de lui et se glisserait si intimement dans sa pensée qu'il lui serait ensuite facile de deviner, de sentir ce que Grandpré aurait écrit. (p. 71)

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Il écrivait, cherchant la complicité des mots, s'efforçant de les attraper au vol avant qu'ils ne s'égaillent, de les capturer tels des papillons dans le filet de la page et de les épingler au papier.  (p. 78)

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Il n'y avait aucune échappatoire. Bilodo se savait coincé, aussi irrémédiablement piégé que la souris sous le cruel acier du piège. C'était la fin du rêve douillet, l'éclatement de cette bulle bienheureuse dans laquelle il avait si longtemps flotté, et cette rupture l'emplissait d'une colère impuissante. Il ne pouvait se résoudre à perdre Ségolène, mais n'avait pas le courage de l'affronter. Toutes les options étaient pourries, toutes les portes closes. C'était l'impasse.  (p. 149)

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Ne devait-il pas saisir cette chance unique d'accueillir Ségolène ? Ne désirait-il pas communier avec elle par la chair autant que part les mots ? Ne voulait-il pas l'aimer autrement qu'en songe, fût-ce dans la peau d'un autre, l'aimer réellement comme elle le méritait, comme ils le méritaient tous deux, et commencer enfin à vivre pour de vrai ?   (p. 159)

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