lundi 21 mai 2018

En voiture, Simone ! d'Aurélie Valognes


En voiture, Simone

Aurélie Valognes
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En cette fin mai, je vous "présente" un livre écrit par une auteure qui connaît de plus en plus de succès et on peut dire que c'est mérité, car ses livres sont une vraie bouffée d'air frais et de vrais page-turners qui font du bien...

Je vous présente donc le roman En voiture, Simone (paru en grand format sous le titre "Nos adorables belles-filles") d'Aurélie Valognes


A. Caractéristiques du livre


Titre =  En voiture, Simone !  (paru en grand format sous le titre Nos adorables belles-filles)
Auteures = Aurélie Valognes
Edition - Collection = Le Livre de Poche  (en grand format chez Michel Lafon)

Nombre de pages = 247 pages

Date de première parution =  2014 en grand format, 2017 en livre de poche
 
Note pour le livre = 17 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Pour une comédie familiale irrésistible, il vous faut : un père, despotique et égocentrique, Jacques. Une mère, en rébellion après quarante ans de mariage, Martine. Leurs fils, Matthieu, éternel adolescent mais bientôt papa de trois enfants; Nicolas, chef cuisinier le jour et castrateur tout le temps; Alexandre, rêveur mou du genou. Et...trois belles-filles, délicieusement insupportables ! Stéphanie, mère poule angoissée; Laura, végétarienne angoissante; Jeanne, la nouvelle pièce rapportée, féministe et déboussolée, dont l'arrivée va déstabiliser l'équilibre de la tribu. Mettez tout le monde dans une grande maison en Bretagne. Ajoutez-y Antoinette, une grand-mère d'une sagesse à faire pâlir le dalaï-lama, et un chien qui s'incruste. Mélangez, laissez mijoter...et savourez !


C. Mon avis sur le livre
C'est le premier livre d'Aurélie Valognes que je lis et franchement, je ne regrette pas.

J'ai eu certes, quelques appréhensions après les premières pages, mais ces dernières se sont très vite estompées : voilà une trame narrative rondement menée, très souvent drôle, parfois extrêmement mordante et dont on a sans cesse envie de continuer la lecture, pour connaître la suite des multiples péripéties (souvent inattendues) de cette famille haute en couleurs.

Ma critique ne semblera pas très originale, mais ce livre est un vrai délice, un vrai page-turner et je n'ai qu'une envie : lire un autre roman de cette auteure.


D. Quelques bons passages du livre

Avec son sourire parfait, on pouvait deviner que l'aîné, Matthieu avait été un bon élève, un gentil garçon obéissant. La cadet, Alexandre, semblait être le farceur, toujours à faire le guignol avec des grimaces improbables qui auraient pu gâcher la photo parfaite si Nicolas, le petit dernier, n'affichait pas constamment un air boudeur, les bras croisés en signe de terrible colère.   (p. 19)

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Des asperges en boîte pour le réveillon ? Elles vont vraiment nous détester. Tu n'as pas du Canigou, pendant que tu y es ?  (p. 25)
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Stéphanie était la seule belle-fille qui avait eu le privilège de venir deux années de suite. Elle aimait à penser que son compagnon, Matthieu, était le plus stable des trois frères. À d'autres moments, elle se disait plutôt qu'elle était surtout la plus stupide des belles-filles de ne pas avoir pris tout de suite la poudre d'escampette, une fois qu'elle eut mieux cerné la famille où elle avait mis les pieds.  (p. 40)

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Depuis la mort de papa, j'ai souvent l'impression d'être comme ces personnages de bande-dessinée qui courent au-dessus du vide, et ne tombent que lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il y a un gouffre sous eux. Et je ne peux rien faire pour échapper à cette chute fatale.   (p. 61)

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Comme vous le dites si justement, être une pièce rapportée exige de trouver un certain équilibre. Un équilibre intérieur, mais également avec Nicolas et les autres membres de la famille.  (p. 94)

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Je vous raconterai un jour comment cela s'est passé avec ma belle-mère, une vraie peau de vache, comme celle de Cendrillon. Et puis, je pourrai aussi vous raconter comment on en est arrivées à notre relation apaisée avec Martine. Et si vous le souhaitez, Jeanne, je peux même vous aider avec le cocotier de Nicolas. L'expérience a parfois du bon pour ne pas se prendre toutes les noix de coco en même temps sur la tête... (pp. 98-99)
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Là, on lui imposait une triple torture : l'éloignement, le chien et le chat, et surtout...Laura ! De toutes les belles-filles, elle était certainement la plus susceptible. Le week-end de la réconciliation pouvait être à double tranchant. Quelle que soit la discussion, elle voyait le mal partout et le prenait de manière personnelle. Et, cerise sur le gâteau, elle était rancunière, ce qui promettait pour les années à venir si à trente-deux ans elle se braquait déjà aussi facilement.   (pp. 139-140)
 
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Souvent, il se demandait comment son fils faisait pour vivre avec une chieuse à principes comme elle. Déjà plus de trois ans qu'ils étaient ensemble. Mais l'amour rend aveugle, dit-on...  (p. 140)
 
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Vraiment adorables, les belles-filles ! Vous faites une belle brochette de chieuses !  (p. 166)
 
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De la roquette !? Vraiment ? Je m'étais presque faite à l'idée que ton amour du saucisson et du fromage te causerait du souci, mais la roquette ! Toi et tes nouvelles lubies de jeune !  (p. 193)
 
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- Mais vous avez droit aux rillettes-mojitos toutes les deux ? La végétarienne et la maman parfaite ?
- Tais-toi, la belle-sœur et ressers-nous !!!  (p. 202)
 
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Les choses matérielles deviennent futiles face à ce qui compte vraiment.  (p. 205)

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La vie des mes parents ne m'a jamais fait rêver. Mon père a toujours été le roi, et j'ai toujours eu l'impression que ma mère n'était pas si heureuse que ça. C'est peut-être ambitieux, mais moi, je  veux pouvoir être sûr que ma femme sera comblée avec moi. Et je sais aussi que ce n'est pas gagné car je suis un vrai con, avec un lourd héritage, qui plus est. Je pourrais faire plus d'efforts, mais je crois, naïvement, peut-être, qu'un couple, à ses débuts, ne devrait pas avoir besoin d'en faire. L'amour, c'est censé marcher tout seul quand on a trouvé la bonne personne... (p. 206)
 
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vendredi 11 mai 2018

Baroque sarabande - Christiane Taubira


Baroque sarabande
 
Christiane Taubira


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, une lecture un peu particulière, car il s'agit non seulement d'un essai, mais qui plus est, un essai écrit par une ancienne ministre, Mme Christiane Taubira. Dans cet ouvrage, elle nous présente sa vision de la langue française et de la littérature.

Je vous présente donc Baroque Sarabande de Mme Christiane Taubira.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Baroque Sarabande
Auteur = Christiane Taubira
Edition - Collection = Philippe Rey
Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Dans cet ouvrage passionnant, Christiane Taubira rend hommage aux livres et aux écrivains qui l'ont façonnée. De son enfance à Cayenne - où les lectures des jeunes filles étaient sévèrement contrôlées - à aujourd'hui, les auteurs et les œuvres défilent : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Gabriel Garcia Marquez, René Char, Yachar Kemal, Simone Weil, Toni Morrison, et tant d'autres...

Eveil de sa conscience sociale par les romans engagés, découverte de la force de renouvellement de la langue, relecture de l'Histoire grâce à la pertinence de la littérature, convocation des auteurs au moment de ses grands discours politiques : Christiane Taubira raconte tout ce qu'elle doit aux infinies ressources des livres.

Car la lecture, cette "vie ardente", n'est-elle pas le meilleur moyen de conquérir sa liberté ?
 
C. Mon avis sur le livre
Via ce livre, je trouve que Mme Taubira nous prouve, une fois de plus, qu'elle aurait été plus dans son élément comme Ministre de la Culture que comme Ministre de la Justice...

Ce livre, très intéressant, alternant une prose explicative et une forme d'écriture plus poétique, par endroits, nous ouvre des horizons littéraires inattendus, et ce, en nous ouvrant aux littératures du monde entier. L'essai nous donne en effet envie de découvrir ces auteurs qui, pour la jeune génération (dont je fais partie), sont souvent inconnus.

De plus, ses réflexions sur la langue française (et sur les autres langues) nous obligent à nous remettre en question sur notre propre conception de la langue (que ce soit notre langue dite "maternelle" ou les autres langues), ce qui est une autre qualité indéniable.

Cependant, il y a, malgré tout, un défaut assez notable qui, je pense, peut en rebuter plus d'un : la prose dans laquelle Mme Taubira écrit cet essai est, par moments, relativement opaque pour qui n'a pas fait d'études littéraires ou pour qui n'est pas un vrai passionné de langue française ou de littérature. C'est dommage, car j'estime qu'un essai comme celui-ci devrait être écrit d'une manière peut-être un peu plus simple, de manière à pouvoir s'ouvrir au plus grand nombre.

Malgré cela, je vous confirme que cet essai de Mme Taubira est vraiment à adresser à tous ceux qui se passionnent pour ce superbe instrument qu'est la langue française et pour tous les usages (littéraire ou non) que l'on peut en faire.

En gageant que ceux qui ne connaissaient Mme Taubira que sous son étiquette de femme politique, ancienne Ministre de la Justice, pourront la découvrir sous un autre visage, oserais-je dire son vrai visage, celui de la femme de culture.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
C'était, je crois, pour échapper au bruit. Et aux interdits. À l'ennui aussi, ma foi. Ce fut pour la langue. Et pour le temps. Cette sensualité de la présence dans l'instant. Lire. Voir d'abord. Puis toucher. Plonger. Pas toujours. Parfois on y entre à pas feutrés. Il se peut que l'on piétine à l'entrée, et même que l'on aille guère plus loin, que l'on fasse antichambre, avant de renoncer. Il faut d'emblée convenir que ceci n'est en rien contrariant, et même qu'il n'y a là rien que de bien ordinaire et salutaire. Car tout aimer, c'est n'aimer rien. Disons-le tout net, il y a des livres éblouissants et des livres assommants, voire horripilants. On croise assez peu ceux-là, leur réputation étant souvent faite. Il y a ces livres trompeurs qui ont séduit des gens qu'on aime et qui nous laissent de marbre. C'est que, des goûts et des couleurs... (pp. 13-14)

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Entre le bilinguisme où les langues font chambre à part, la diglossie où comme créole et français, pidgin et anglais, sranan et néerlandais, elles concubinent en se chamaillant, la polyglossie où malgré de réciproques défiances elles s'hébergent entre elles, la littérature est à la merci d'incursions sémantiques, mots ou expressions qui caméléonisent dans l'instant ou se sont installés souterrainement.  (p. 18)
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On ne justifie pas non plus les tragédies de l'Histoire avec des conclusions sommaires.   (p. 22)

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Ah ! La traduction...une affaire. Traduire, c'est trahir, rabâche-t-on facilement. Il faut convenir qu'il en est ainsi assez fréquemment. De moins en moins, néanmoins, par la conjonction des exigences de l'édition et du lectorat.  (p. 39)
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L'exercice demande parfois de la subtilité et de la témérité. Il ne suffit pas de connaître les mots, il faut percer la langue, mieux en saisir le langage dans son positionnement social, sans négliger au besoin le bien-fondé de l'irréalité et de l'à-propos d'élucubrations. Il faut donc être au moins bilingue, un peu philologue, passablement besogneux, clairement passionné du moins pour les bons et grands auteurs et sans aucun doute érudit dans la langue traduite.  (p. 43)

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Comment la littérature parvient-elle à nous transmettre l'intense sensualité de l'instant dans le moment même où elle nous parvient alors qu'elle peut avoir été écrite plusieurs siècles plus tôt. Pourquoi ces expériences si singulières, si locales, si particulièrement narrées nous emportent-elles jusqu'à nous-mêmes, à nos moments, à nos entours, à des milles et des lieues des choses racontées.  (p. 46)
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La langue révèle. Elle n'a pas de neutralité sociale.  (p. 54)

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Comment expliquer autrement la fascination que parviennent à exercer des œuvres qui véhiculent des valeurs profondément réactionnaires, parfois mortifères, et même objectivement agressives à l'encontre de lecteurs au regard de leur situation sociale, sans qu'ils soient retenus d'y adhérer.  (p. 55)
 
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On sait depuis des lustres que l'on ne fait pas de beaux romans avec des bons sentiments. Et que des écrivains grincheux, misanthropes et misogynes peuvent écrire sinon des chefs-d'œuvre - il n'en tombe pas comme les fruits mûrs ni aussi souvent que la misère sur les pauvres - des œuvres intéressantes, brillantes, belles aussi.   (p. 56)
 
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C'est pur bonheur, fût-il troublant, que de voyager en contrées inconnues et de se hasarder en forêt de mots, s'empêtrer dans des massifs ou s'effarer en pleine clairière, sans bien savoir ce que peuvent devenir les mots qui donnent corps aux idées.  (p. 58)
 
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Il arrive cependant qu'ils se prêtent de bonne grâce aux tâches qui leur sont requises, épuiser le réel, détourner et subvertir la langue en connivence avec les beautés, même les plus discrètes, même les plus indécises, même les plus criardes. Il y a des mots conciliants comme ceux de Patrick Modiano, des mots pointus et crochetés comme certains d'Eric Vuillard, les mots sans dentelle de Leïla Slimani, des mots pleins d'embruns et de parfums, de pierres et de vestiges comme ceux de Victor Segalen, les mots qui bondissent par-delà les confins comme ceux de Richard Powers, les mots sans miséricorde de Virginie Despentes. Il y a les mots sans arrondis de Wole Soyinka, sans pénombre de Naguib Mahfouz, mots sans tristesse de Luis Sepulveda, les mots sans e de Georges Pérec, sans mélancolie chez Romain Gary, sans patiences chez Bertolt Brecht, lots sans absinthe de Lorraine Hansberry, sans rosée d'Alice Walker, les mots sans horizons de Julio Cortázar et les mots sans buée de Blue in Green de Miles Davis.  (pp. 59-60)
 
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Le monolinguisme est une chimère, et la porosité des langues entre elles dans leurs fonctions de vaisseaux d'imaginaires opère avec ou sans le consentement des auteurs. C'est par la langue que l'on accueille, et selon Jacques Derrida, "un acte d'hospitalité ne peut être que poétique." Y-a-t-il dans notre monde considération plus actuelle.   (pp. 62-63)

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Tenu dans la méconnaissance des règles grammaticales de sa langue native ou parentale, privé d'orthographe, ignorant du rôle des marqueurs de conjugaison, l'enfant est dépouillé de tout bagage linguistique, de tout matériau et support de créativité, et sommé d'entrer tout grelottant dans un univers dont ni l'éclat ni la mélodie ne le réchauffent en rien. De quelle trempe faut-il être pour avancer, quelle résilience faut-il en cours de route pour oser poursuivre !  (p. 92)

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Les victoires sont rarement définitives. Moins encore lorsqu'elles sont remportées sur des mastodontes tels que le bloc de préjugés et de craintes des monolinguolâtres compulsifs.  (p. 94)

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Il fait si bon folâtrer dans ces langues ! Elles vous font belle escorte lors du retour à la maison, vous quittent sans nostalgie sur le pas de la porte, demeurant là, à disposition pour vous mener ailleurs, quand vous voulez, car c'est ainsi que se revigorent sa propre langue, ses propres langues.  (p. 100)

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Pendant ce temps, la langue française s'est épanouie. Et l'on pourrait, précipitamment, en accorder crédit à ses irascibles défenseurs. Oh oh ! Pas si vite. Elle doit bien davantage au génie des poètes et des écrivains, à l'extraordinaire essor des sciences et des techniques, au rayonnement des arts, au progrès des mathématiques, à l'explosion des sciences sociales, à l'augmentation remarquable des traductions d'ouvrages, de manuels et d'œuvres littéraires.  (p. 101)

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Aujourd'hui, Asli Erdogan et d'autres entretiennent le flambeau du courage, de la liberté et des tenants de la vérité.   (p. 154)


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Et les bons livres ont ceci de fabuleux qu'ils ne nous laissent pas indemnes. D'abord parce que les femmes et les hommes qui décident de consacrer des nuits et des jours, des ans et des sueurs du front et de l'âme, à écrire des romans ou des récits, des nouvelles ou des contes, des poèmes ou des fragments, fictions ou confessions, le font pour nous parler.   (p. 163-164)
 
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D'où croyez-vous que viendra le force de faire face, sabre au clair, pour briser l'encerclement d'un égarement qui se prend pour du bon sens, d'un désarroi qui croit se diluer dans des borborygmes hargneux, d'où surgira l'inspiration pour terrasser l'obscurantisme avec joie et en élégance, sans haine ni vengeance ? Ils sont là, Damas, Char, Paz, Levinas, Jankélévitch, Spinoza, Averroès, Nietzsche, Machado, Woolf, Weil, Wells, et même Cambacérès, leur nombre et leurs noms varient, mais ils vous font escorte d'une sarabande baroque comme les douze prophètes en pedra sabão d'Aleijadinho.   (pp. 168-169) 

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Vous leur épargnez cette exubérante brutalité de Césaire. L'homme était tendre au regard et au toucher. Sa plume gorgée de curare.  (p. 170)

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Quoi que vous cherchiez à savoir ou à ressentir à comprendre ou à percevoir, à saisir ou à entrevoir, quelque part un livre répond à votre quête, fût-ce pour vous ouvrir à son inanité. (pp. 172-173)

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Lire. Toute l'énergie, la passion, le bien-être et le tourment d'une vie ardente.  (p. 173)

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mardi 8 mai 2018

Noire n'est pas mon métier - Ouvrage collectif


Noire n'est pas mon métier
Collectif
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
En ce 8 mai plus qu'ensoleillé (en Normandie en tout cas), je vous présente un livre collectif qui est dans les pleins feux de l'actualité : le recueil de 16 actrices et réalisatrices noires qui, à l'initiative d'Aïssa Maïga, dénoncent le racisme et le sexisme dans le milieu du cinéma et de la télévision.

Je vous présente donc le recueil de témoignages Noire n'est pas mon métier.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Noire n'est pas mon métier
Auteures = Nadège Beausson-Diagne / Mata Gabin / Maïmouna Gueye / Eye Haïdara / Rachel Khan / Aïssa Maïga / Sara Martins / Marie-Philomène Nga / Sabina Pakora / Firmine Richard / Sonia Rolland / Magaajyia Silberfeld / Shirley Souagnon / Assa Sylla / Karidja Touré / France Zobda.
Edition - Collection = Seuil

Nombre de pages = 118 pages

Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 16/ 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Stéréotypes, racisme et diversité : 16 actrices témoignent.


C. Mon avis sur le livre
Je me suis précipité sur ce livre quand j'ai vu que des actrices que j'aimais beaucoup (Nadège Beausson-Diagne et Firmine Richard en tête) apportaient leurs témoignages...et ce que j'ai lu m'a sidéré.

Certes, je savais qu'il pouvait y avoir du racisme et du sexisme dans les milieux artistiques...mais je n'aurais jamais imaginé que ce fût à ce point-là. Ce livre est, purement et simplement, un constat alarmant de certaines pratiques dans les milieux artistiques, notamment lors des castings où certaines de ces actrices sont reléguées dans les rôles de "Noires de service", sans oublier l'accent exagéré et stéréotypé qui va avec...

Ce cri d'alarme était donc nécessaire pour nous rendre compte de tout le progrès qu'il y a encore à accomplir pour intégrer réellement ces actrices noires, en dehors des stéréotypes dans lesquels on souhaite parfois les enfermer.

Un conseil : si vous aimez ces actrices, lisez ce livre !


D. Quelques bons passages du livre

(Aïssa Maïga) : Qui pourrait se réjouir du rejet de ses semblables ? Qui aimerait avoir la sensation curieuse d'être l'un des alibis d'une société qui cherche à se rassurer en laissant une place dérisoire à l'altérité ?   (p. 7)

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(Aïssa Maïga) : Cette bataille, nous la menons ici et maintenant sur le terrain artistique, culturel, avec l'idée que chaque génération s'élève en apportant sa contribution à la suivante. Nous y sommes parfois acculées : ne pas résister, ne pas développer une conscience militante, citoyenne, humaine, pour s'élever contre l'injustice serait tout simplement s'effondrer moralement et psychiquement  (p. 9)
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(Aïssa Maïga) : Ce livre-manifeste est un véritable plaidoyer pour le vivre ensemble mais aussi un coup de gueule à mes yeux indispensable pour que ceux et celles qui arrivent derrière nous puissent évoluer dans un monde plus ouvert, plus juste, plus inclusif.  (p. 13)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Malheureusement, j'allais au cours de ces vingt-cinq années comprendre que j'étais noire avant d'être moi.
Pour ne pas sombrer dans une rage de tous les jours ou un désespoir infini, quand vous êtes une actrice noire en France, il faut une énergie à déplacer les montagnes, un entourage de qualité supérieure et un psy disposé à vous recevoir à toute heure.  (p. 14)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Je suis attentive aux mots, aux textes que je joue. Je n'hésite pas à changer et réécrire des scènes parce que, souvent, je me demande ce qui se passe dans la tête de certains auteurs. Ont-ils peur que le spectateur, frappé soudainement d'amnésie, oublie que je suis noire et se sentent-ils obligés, avec subtilité, de le repréciser (p. 17)

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(Nadège Beausson-Diagne) : Dans un premier temps, je ne sais pas ce qui est le plus grave : être traitée de "bamboula" par l'un de mes employeurs ou voir la tête de crétin de celui qui me l'annonce, décontracté, voire souriant, une tasse de thé à la main. Je ne dis plus un mot parce qu'ils restent coincés dans la colère de ma gorge.  (p. 19)
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(Mata Gabin) : On est dans le hall, le Poulpe (ndlr. pseudonyme d'un acteur dont elle se refuse à dire le nom) se pavane, les acteurs l'entourent, "je ne savais pas que tu connaissais cette comédienne black", dit une voix. Je frissonne, je ne suis pas black, je suis noire, on est en France, bordel.  (p. 29)
 
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(Maïmouna Gueye) : Aujourd'hui, je me suis pardonné d'avoir été imprudente. Je suis désolée de vous informer que je ne suis pas un sujet d'obsessions sexuelles fantasmagoriques. Je ne suis pas à dévorer, je suis juste une comédienne noire désireuse de faire son métier. Souffrez que cela puisse exister.   (p. 34)
 
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(Maïmouna Gueye) : Peut-on être libre alors que ce métier qui se dit humain, familial, ne reconnaît pas ses enfants quand ils sont différents ?  (p. 35)
 
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(Eye Haïdara) : Je suis naïve et c'est un choix.
Je suis née en France, je suis française, les classiques font partie de ma culture. Mais j'ai conscience que, quand j'interprète un personnage de Corneille, de Racine ou de Molière, cela brouille l'écoute des spectateurs, cela la noie. Car on se demande toujours pourquoi je suis là. Il faut sans cesse le justifier. Ma présence devient alors un acte politique. Même si ce n'est pas la volonté du metteur en scène, son choix devient un geste militant. (p. 39)
 
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(Eye Haïdara) : Notre présence ne doit pas être vue comme un acte de revendication. Un acteur n'a qu'une seule vocation, celle de jouer. Les revendications, les actes politiques sont dans les sujets, les choix, les textes que nous défendons.  (p. 42)
 
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(Eye Haïdara) : J'ai souvent entendu : "Il n'y a que des rôles clichés pour les Noirs et les Arabes...Il faut qu'on écrive pour nous !". Je ne veux pas être dans cet état d'esprit. Je n'ai aucune envie de tomber dans la démarche inverse et de reformer un ghetto. Ca ne me ressemble pas, je ne souhaite pas aller à la guerre, je n'ai pas d'ennemis. Je veux juste qu'on arrête de nous regarder er de faire comme si on avait déjà parlé alors qu'on  n'a pas ouvert la bouche.  (p. 42)

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(Rachel Khan) : Je sais bien que ce métier est difficile, alors je me plie à ses exigences, faisant tous les efforts possibles pour décrocher les rôles. Je commence à être spécialiste de la pute maintenant et, professionnelle, je fais le maximum pour servir le scénario. Cependant, il reste des choses sur lesquelles je n'ai pas de prise. Trop noire pour certains, pas assez pour d'autres. Pourtant, moi je me pensais vraiment au milieu. On pourrait demander à Einstein si la théorie de la relativité s'applique aux peaux. Je ne savais pas que mon taux de mélanine pouvait changer totalement l'histoire d'un film. Enfin, je le savais dans la vraie histoire, mais pas au cinéma.   (p. 50)
 
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(Rachel Khan) : Grâce au cinéma, je sais maintenant qu'il y a des métiers, des sentiments, des histoires pour lesquels je ne serais pas faite, qui ne me concerneraient pas. Grâce au cinéma, je sais désormais que je suis noire donc pas crédible en avocate, moi qui me la suis tapée, la rue Soufflot, pendant des années.  (p. 54)
 

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(Aïssa Maïga) : C'est bien plus tard que j'ai décidé de devenir actrice. Vouloir être comédienne. Raconter. Hurler au monde les émotions enfouies. Les rêves arrachés. Les larmes endossées pour soi, pour d'autres, tous les autres. Actrice. Evidence incontournable, devenue aussi nécessaire que respirer ou rêver. Jouer la comédie, projeter la possibilité d'un autre monde où la vie n'est pas trop triste ni trop laide et les salauds pas trop nombreux - et de toute façon nous sommes plus forts qu'eux  (p. 59)
 
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(Aïssa Maïga) : Je trouve que l'on ne peut décidément pas me demander d'ingurgiter les principes humanistes de l'antiracisme, les pensées du siècle dit des Lumières, les textes du théâtre classique français, liberté-égalité-fraternité et me demander de supporter dans broncher le goût âcre d'une subtile mais réelle relégation raciale.  (p. 61)
 
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(Aïssa Maïga) : Ce public au nom duquel on efface de l'histoire les acteurs à la peau sombre est celui que je corise dans le métro, dans la rue, dans les cafés. Si les gens ne s'enfuient pas en courant en me voyant, alors pourquoi le feraient-ils en m'apercevant sur une affiche de cinéma ? (p. 62)
 
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(Sara Martins) : C'est fou comme une présence noire au théâtre doit obligatoirement "avoir" ou "donner du sens". Je me suis vu refuser le rôle de Lady McBeth parce que ce personnage était l'incarnation du mal, il ne peut être interprété par une femme noire sans risquer de rendre la pièce manichéenne, voire raciste. L'enfer est pavé de bonnes intentions.  (pp. 66-67)

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(Sara Martins) : Comme me l'avait fait remarquer un directeur de casting un jour "En tant que femme noire dans ce métier, il faut être soit Whoopi Goldberg (drôle, au physique de faire-valoir), soit Halle Berry (mais la Halle Berry d'Opération Espadon, qui sort de l'eau ruisselante en deux-pièces, pas celle, oscarisée, d'À l'ombre de la haine)"  (p. 68)
 
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(Marie-Philomène Nga) : Ici, en France, il y a tant de choses à dire sur les difficultés et le parcours d'une femme noire et actrice. La plupart des rôles de mamans africains qui m'ont été donné d'interpréter sont du même type que celui de Nafissatou, à croire que la femme noire ne porte que des boubous et des sandales (lorsqu'on ne l'affuble pas de tenues improbables), qu'elle ne peut être que malienne ou sénégalaise, ne parle pas correctement français ou alors avec un fort accent à la Michel Leeb, habite un HLM insalubre avec un fils délinquant ! Ce n'est pas du tout en adéquation avec la diversité des femmes noires ou africaines dans la société française.  (p. 75)
 

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(Sabine Pakora) : Est-ce que le public rit de mot, se moque de moi, de mon image, à travers ces personnages, ou est-ce qu'il rit avec moi en reconnaissant mes compétences d'actrice ?  (p. 79)
 
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(Sabine Pakora) : Nous ne sommes pas que des primo-arrivants, migrants en difficulté, mères de famille affublées de tripotées d'enfants, il y a, parmi cette minorité non blanche, des avocats, des ingénieurs, des scientifiques, des directeurs d'entreprise, des artistes, pourtant la plupart des scénarios ne les incluent pas. À l'écran, être noir est perçu comme un handicap...davantage que dans la société et dans la vie quotidienne. Pourquoi le cinéma français intègre-t-il si difficilement cette évolution ? Pourquoi est-on toujours perçu comme un être pittoresque dépeint par l'anthropologie du XXe siècle.   (p. 80)
 
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(Firmine Richard) : Dans Huit femmes, le film de François Ozon, je suis une gouvernante, mais ce n'est pas un sous-rôle. D'ailleurs, la pièce avait déjà été montée avec une autre distribution : exclusivement des femmes blanches. Quand il me choisit pour être aux côtés de Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Isabelle Huppert ou Danielle Darrieux, François Ozon me considère comme une comédienne française. C'est un acte symbolique, une étape importante.  (p. 85)
 
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(Firmine Richard) : Je n'accepte pas qu'on me demande de gommer mon accent : c'est ce qui fait ma différence, ce qui me fait telle que je suis, on ne peut pas l'effacer. Ce serait remettre en cause mon identité. On ne fait pas grief à un Marseillais de ses intonations qui font partie de sa personnalité. Je dois dire que la seule personne qui m'ait demandé si je forçais mon accent était une femme noire. Quelle aliénation !  (p. 85)

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(Sonia Rolland) : Tantôt catin, tantôt maîtresse, souvent dénudée, je découvrais avec découragement que le cinéma, comme la plupart des hommes de ce métier ont une vision peu reluisante de ma condition de femme, mais surtout de femme "exotique".  (p. 89)
 
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(Shirley Souagnon) : C'est mon travail qui m'a donné une couleur. Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont obligée petit à petit à en prendre conscience ! C'est cela, entre autres, qui nourrit mon écriture aujourd'hui. Alors merci.  (p. 96)
 

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(Karidja Touré) : Si on veut que ça avance, chacun peut prendre sa part : les cinéastes, le milieu de la publicité, les médias...C'est toute une chaîne de responsabilités. Chaque maillon compte.  (p. 106)
 
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