mercredi 18 octobre 2017

Le facteur émotif - Denis Thériault


Le facteur émotif
 
Denis Thériault



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai lu dans le cadre de mon défi lecture Facebook pour lequel un des défis était de lire un livre d'un auteur québécois.

Je vous présente donc le livre Le facteur émotif de Denis Thériault


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Le facteur émotif
Auteur = Denis Thériault
Edition - Collection = Editions XYZ  (Livre de Poche pour la version poche)
Date de première parution =  2005
 
Note pour le roman = 14 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
 
Bilodo a vingt-sept ans, il est facteur et mène une existence tranquille. À l'ère des mails et des téléphones portables, il n'a plus souvent l'occasion d'acheminer une lettre personnelle. Alors, quand il en trouve une dans le flot de courriers administratifs et de publicités, il ne la livre pas tout de suite et, chez lui, le soir venu, ouvre l'enveloppe à la vapeur pour en découvrir le contenu. Sagement, le lendemain, il la remet à son destinataire. Son petit vice va le conduire à faire la rencontre épistolaire de Ségolène qui écrit régulièrement des haïkus à un certain Gaston Grandpré. Tandis que son amour pour l'inconnue grandit à l'abri du réel, un étrange coup du sort lui offre une opportunité providentielle...

C. Mon avis sur le livre


Cette histoire est une espèce de chouette petit conte de fées moderne avec le petit facteur qui tombe amoureux de l'élue de son cœur rien qu'en lisant son écriture et qui va tout tenter pour continuer cette correspondance (sous la forme un peu particulière de haïkus), allant jusqu'à usurper l'identité de celui qui écrivait à cette femme avant lui.

Une chouette petite histoire, assez comique et légère qui se lit avec plaisir et qui intéressera sans doute les amateurs de haïkus. Juste un petit bémol sur la fin que j'ai trouvée un peu étrange.

J'ai appris, en regardant la bibliographie de l'auteur qu'une sorte de prequel existait à ce roman, un roman intitulé La fiancée du facteur : la lecture de ce premier roman me donne tout de même envie de lire le second.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Aux Postes, ses collègues n'y comprenaient rien. Surgissant au Madelinot en bande bruyante pour y déjeuner, ils raillaient les travaux d'écriture de Bilodo. Des puérils gribouillis, disaient-ils. Bilodo ne s'en formalisait pas car ses amis n'étaient, au fond, coupables que d'ignorance; à moins d'être un adepte éclairé et fervent, comment pouvait-on goûter la subtile beauté d'un trait, le délicat équilibre des proportions régissant la ligne formée avec soin ?   (p. 15)

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Les lettres de la Guadeloupéenne ne contenaient rien d'autre. Toujours un seul feuillet sur lequel était écrit un seul poème. C'était peu, et pourtant généreux, car ils vous nourrissaient autant que tout un roman, ces poèmes, il s'inscrivaient dans l'âme, n'en finissaient plus d'y vibrer  (p. 23)
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Bilodo savait que Ségolène était institutrice à Point-à-Pitre, et il savait aussi qu'elle était belle grâce à une photo qu'elle avait expédiée à Grandpré, vraisemblablement en échange d'une des siennes car elle avait écrit au verso : "Charmée d'avoir fait votre connaissance photographique. Me voici à mon tour avec mes élèves".  (p. 27)
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Bilodo était amoureux comme jamais il n'aurait pu concevoir qu'on puisse l'être. L'empire que Ségolène avait pris sur son âme était si vaste que parfois il s'en inquiétait, craignant de ne plus s'appartenir, mais l'alchimique lecture de quelques haïkus transmuait vite son angoisse en béatitude, et alors il remerciait la vie de le favoriser ainsi, d'avoir mis la belle Guadeloupéenne sur sa route.  (p. 28)

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Un éclair zébra le ciel à l'instant où une prise de conscience tout aussi fulgurante illuminait Bilodo : avec la disparition de cette lettre, engloutie par les entrailles du monde, c'était son seul lien avec Ségolène qui venait de se rompre.  (p. 41)

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Au fond le principe en était plutôt simple : le haïku visait la juxtaposition de l'immuable et de l'éphémère. un bon haïku contenait idéalement une référence à la nature (kigo) ou à une réalité pas seulement humaine. Sobre, précis, à la fois dense et subtil, il évitait l'artifice littéraire et les marques habituelles du poétique telles la rime et la métaphore. L'art du haïku était celui de l'instantané, du détail. Il pouvait s'agir d'un fragment de vie, d'un souvenir, d'un rêve, mais c'était avant tout un poème concret en appelant aux sens et non aux idées.  (p. 63)

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Bilodo parcourut les différentes pièces, avec un frisson d'excitation devant ce riche gisement d'existence qui n'attendait que d'être prospecté. Il fouillerait partout, s'imprégnait de l'atmosphère des lieux, en aspirerait le moindre effluve. Il vampiriserait l'aura évanescente de son prédécesseur, apprendrait tout de lui et se glisserait si intimement dans sa pensée qu'il lui serait ensuite facile de deviner, de sentir ce que Grandpré aurait écrit. (p. 71)

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 Il écrivait, cherchant la complicité des mots, s'efforçant de les attraper au vol avant qu'ils ne s'égaillent, de les capturer tels des papillons dans le filet de la page et de les épingler au papier.  (p. 78)

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Il n'y avait aucune échappatoire. Bilodo se savait coincé, aussi irrémédiablement piégé que la souris sous le cruel acier du piège. C'était la fin du rêve douillet, l'éclatement de cette bulle bienheureuse dans laquelle il avait si longtemps flotté, et cette rupture l'emplissait d'une colère impuissante. Il ne pouvait se résoudre à perdre Ségolène, mais n'avait pas le courage de l'affronter. Toutes les options étaient pourries, toutes les portes closes. C'était l'impasse.  (p. 149)

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Ne devait-il pas saisir cette chance unique d'accueillir Ségolène ? Ne désirait-il pas communier avec elle par la chair autant que part les mots ? Ne voulait-il pas l'aimer autrement qu'en songe, fût-ce dans la peau d'un autre, l'aimer réellement comme elle le méritait, comme ils le méritaient tous deux, et commencer enfin à vivre pour de vrai ?   (p. 159)

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samedi 14 octobre 2017

Cent ans...c'est passé si vite - Gisèle Casadesus


Cent ans...c'est passé si vite
 
Gisèle Casadesus



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai eu l'idée de lire suite au décès de son auteure, la grande actrice Gisèle Casadesus, décédée il y a quelques semaines à l'âge (très honorable) de 103 ans. Elle avait sorti ce livre de mémoires à l'occasion de son centenaire.

Je vous présente donc le livre Cent ans...c'est passé si vite de Gisèle Casadesus.


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Cent ans...c'est passé si vite
Auteur = Gisèle Casadesus
Edition - Collection = Le Passeur
Date de première parution =  2014
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Quand je serai grande, je serai comédienne et j'aurai des enfants", déclare Gisèle Casadesus dès son plus jeune âge. Ses proches s'attendrissent, sans se douter qu'elle réalisera ses rêves.

Née en 1914 dans une famille de musiciens, Gisèle Casadesus a mené une magnifique carrière à la Comédie-Française, au cinéma et à la télévision, tout en élevant ses quatre enfants avec son mari, Lucien Probst.

Revisitant les évènements d'un siècle, des deux Guerres mondiales aux nombreux bouleversements de société, cet abécédaire personnel raconte la comédie humaine et les coulisses de la scène. Sans jamais se départir d'un humour subtil, "Mademoiselle" y dévoile son amour de la vie et de la famille, sa foi profonde et sa curiosité insatiable du monde...

Lire Gisèle Casadesus, c'est partager la chaleur d'un thé chez elle, se laisser bercer par sa douceur naturelle et goûter à une joue de vivre communicative.

C. Mon avis sur le livre
Comme dit dans l'introduction, j'ai eu envie de lire ce livre suite au décès de Gisèle Casadesus, il y a quelques semaines, elle que j'avais notamment adoré dans La Tête en Friche de Jean Becker, où elle jouait aux côtés de Gérard Depardieu.

Dans cette autobiographie, sous forme d'abécédaire (ce qui donne des chapitres très courts), j'ai eu le plaisir de retrouver les souvenirs (professionnels et personnels) de Mme Casadesus, où elle évoque notamment des acteurs comme Michel Simon, Louis Jouvet ou encore Pierre Fresnay, qui furent des légendes en leur temps, mais qui sont malheureusement oubliés de l'actuelle jeune génération...

Le tout écrit dans un style très libre, où s'insèrent assez souvent quelques réflexions bien senties, pleines de lucidité (notamment sur la société actuelle) et avec un humour pinçant qui ne se dément pas au fil des pages.

Cependant, je mettrais un petit bémol sur ses souvenirs personnels sur sa famille ou sa foi religieuse que je trouve moins intéressants, même s'il est impressionnant de voir qu'elle a enfanté une vraie génération d'artistes qui a elle-même engendré une autre génération d'artistes.

En résumé, 100 ans d'une vie trépidante résumée en 240 pages de pur bonheur que je recommande à ceux qui ont aimé Gisèle Casadesus et à ceux qui, à plus forte raison aiment le cinéma et le théâtre qu'elle a tant servis.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Déjà, dans les années 1980, je confiais à Jacques Chancel, dans son émission Radioscopie : "À mon âge, j'en ai fait plus qu'il ne m'en reste à faire !"

Vingt ans plus tard, je mesure qu'il m'a été donné de pouvoir entreprendre encore bien de choses. Et lorsque je pense que j'ai un petit-fils qui est lui-même grand-père, je me dis que le temps passe bel et bien très vite.  (p. 13)

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À l'issue du film, Paul [Belmondo] m'a offert le buste, qui est toujours là, dans mon salon, depuis 1943. Il n'a pas pris une ride, lui !  (p. 37)
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Les sinuosités de la vie ne doivent pas nous empêcher d'être droits. Il faut avoir le temps d'avoir le temps. Rien ne doit jamais être perdu ou fini. Je ne pense pas que les pages se tournent définitivement.  (p. 39)

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L'avantage premier de vivre longtemps, et ainsi de donner du temps au temps, c'est de constater qu'avec un peu de bonne volonté, rien n'est jamais totalement acquis ni perdu. Il faut laisser la porte ouverte. Et le cœur aussi !  (p. 40)
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En 2009, Jean Becker me propose un rôle magnifique au cinéma, pour un film adapté du livre de Marie-Sabine Roger, La Tête en friche. Le rôle de Germain, une espèce de Forrest Gump à la française, est joué par Gérard Depardieu. C'est un film tout en tendresse, en nostalgie et en douceur. Un critique a écrit : "C'est un film qui fait du bien dans un monde qui fait du mal."  (p. 43)

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Il y a des carrières qui ne se construisent que sur une forme exhibitionniste dont la presse people se délecte. Il paraît que personne ne lit cette presse, que l'on dit parfois de caniveau, et pourtant, elle bat des records de tirage. Le caniveau tient alors le haut du pavé ! On peut faire parler beaucoup de soi, même lorsqu'on n'a pas grand-chose à dire.  (p. 48)

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On peut toujours penser que l'on aurait pu mener autrement sa carrière, mais il faut aussi, de temps en temps, arrêter de croire que l'herbe est plus verte dans le pré d'à côté. On finirait par ne plus apprécier ce que l'on broute  (p. 49)

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 Le comédien de talent joue, et il pense "jeu"; le comédien médiocre surjoue, et il pense "je" (p. 50)

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Le matin, quand je me lève, je remercie Dieu d'être encore là et je m'étonne : cent ans !
Pas possible, cent ans !
Mais j'ai pas l'impression d'avoir cent ans...
Puis je me regarde dans la glace, et là, je suis bien obligée de reconnaître que j'ai cent ans.
N'empêche ! Je suis à un âge où les bougies reviennent bien plus cher que le gâteau.  (p. 53)

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On peut avoir des qualités, du talent et même du génie, mais il y a d'autres paramètres à ne pas négliger pour faire carrière : être au bon moment au bon endroit. Ensuite, il ne faut pas avoir peur du travail, et posséder une bonne santé. C'est ainsi que je suis devenue l'ingénue de service tandis que Madeleine Renaud passait à un autre registre en jouant des rôles plus fort en intensité, celui de femmes.  (p. 60)
 
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Il faut durer, dans ce métier, et ce n'est pas facile. pour une femme encore moins que pour un homme. En effet, durer, c'est aussi vieillir, et vieillir, pour une comédienne, peut vous éloigner jusqu'à l'oubli. On ne peut pas toujours être l'ingénue. Les jeunes premiers ont souvent la chance de pouvoir durer, non parce qu'il vieillissent mieux que les femmes, mais parce que les rôles existent pour eux. Pour les vieilles dames; même excellentes comédiennes, les rôles sont plus rares. Le métier et le miroir peuvent être cruels. D'où l'importance d'attaches plus solides que les seules planches sur lesquelles nous montons.  (p. 71)

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Bien sûr, il y a des personnes hors du commun, mais celles qui font bien leur métier, qui remplissent bien le mandat pour lequel elles ont été désignées, qui sont efficaces dans le cadre qui est le leur ne sont pas prestigieuses au point que nous devons tomber en pâmoison en les rencontrant, en travaillant avec elles.  (p. 112)

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Parmi les grands que j'ai connus, notamment au début de ma carrière, et qui me faisaient frémir de peur ou rougir d'admiration, il y en a beaucoup dont le nom n'évoque absolument plus rien aux jeunes générations. Je me dis que j'ai bien fait de ne pas me laisser impressionner plus que nécessaire par ces personnes célèbres et déjà oubliées. C'est un peu cruel; mais ainsi je me sens plus sereine en face de ce qu'il en est pour moi, et pour ce qu'il en sera bientôt.

Le temps passe vite et il efface les empreintes que nous pensions définitives et indélébiles. C'est une vraie joie d'être une comédienne reconnue dans la rue, mais le prestige est ailleurs. On se fait sans doute une image de moi, mais il ne serait pas juste que cette image admirée devienne une icône adorée.   (p. 113)

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La même année, j'ai eu la Légion d'honneur, ma petite-fille et ma première paire de lunettes : une bonne année ! Dresser cette petite liste est une manière comme une autre de ramener le tout à sa juste valeur et franchement, ce qui m'a le plus coûté, ce sont les lunettes !  (p. 124)


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Louis Jouvet a été si prégnant dans Knock que personne ne peut reprendre ce rôle sans qu'on pense à ses accents et ses intonations : "Ca vous chatouille ou ça vous gratouille ?" Jouvet, si présent, envahissant même, que personne ne se souvient des autres acteurs pourtant dans le même film, ainsi Louis de Funès, Pierre Renoir, Jean Carmet.  (p. 129)

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Naturellement, il est possible de s'inspirer d'un autre comédien, mais il faut aussi se dégager de toute influence. Si Gisèle Casadesus fait du Madeleine Renaud, elle n'est ni Gisèle Casadesus ni Madeleine Renaud. Le spectateur n'est pas dupe et n'apprécie pas l'imitation, surtout quand elle est médiocre.  (p. 129)

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La scène n'est pas une drogue, mais elle u ressemble drôlement. Nous ne sommes pas loin de l'addiction. Nous pouvons y vivre de si grandes émotions ! On a le trac; on a le cœur qui bat; on doit s'investir, tout donner et vivre ! C'est toute sa personne qui vibre et qui palpite.  (p. 135)

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L'essentiel, au théâtre plus encore, qu'au cinéma, c'est de prendre acte d'une réalité : tout le monde est au service du texte, metteurs en scène comme comédiens. Nous sommes des serviteurs.  (p. 157)

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La roue tourne, mais sur un seul axe; finalement, elle reviendra au même point. La mode se démode jusqu'à ce qu'elle revienne au goût du jour, et chacun de s'extasier sur une nouveauté...ancienne.  (p. 161)

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Pour que les jeunes générations mesurent - si c'est possible pour elles - ce qu'a été cette époque, il suffit peut-être de dire que, après la guerre, quand nous avons vu revenir le pain blanc, avec cette couleur appétissante que nous avions presque oubliée, nous avons eu des larmes aux yeux.  (p. 180)


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On s'étonne que je puisse dire : j'ai des projets ! Et pourtant, oui, j'ai des projets, et même des propositions; c'est merveilleux. Ce n'est pas que je m'accroche comme un naufragé sur le radeau de la Méduse, mais j'ai encore un peu d'énergie et beaucoup d'amour pour jouer; j'espère tenir assez longtemps pour honorer mes engagements. Il ne faut pas oublier qu'entre deux contrats, l'intermittent du spectacle (qui n'a pas de retraite) est au chômage. Je ne pense pas connaître beaucoup de chômeurs de cent ans !   (p. 192)

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Il y a des gens qui aiment se montrer au côté des plus grands, des plus imposants (et Michel Simon l'était). Mais on ne prend aucun centimètre à s'approcher des grands ! Et telle n'a jamais été mon espérance. De toute ma vie, je ne me suis jamais perçue comme une vedette. Peut-être suis-je une comédienne assez connue, mais le statut de vedette ne me convient pas. On ne met pas sur sa carte de visite : monstre sacrée !  (p. 211)


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Monsieur Duard m'a appris que les compliments sont savoureux, mais qu'ils ont une date de péremption. Les succès sont comme les soufflés, à peine est-on impressionné que déjà ils retombent. Aujourd'hui plus qu'hier, je mesure que tout ce que j'ai reçu de ma mère, de mon mari, de certains vrais amis et professeurs a été précieux : ces cadeaux faits d'amour, de confiance, de soutien, d'amitié, même s'ils sont déjà anciens, illuminent encore ma vie et me remplissent de reconnaissance.  (p. 116)

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La télévision m'a permis d'entrer dans une autre France. En une seule soirée, vous pouvez toucher plus de personnes qu'en une saison de théâtre. C'est impressionnant, au lendemain d'une diffusion, d'être reconnue et remerciée dans la rue. Quel comédien peut s'en plaindre ? Certes, cela peut être un peu gênant, dérangeant, embarrassant si le comportement de l'admirateur est un tantinet ostentatoire, mais c'est aussi une très belle émotion que d'entendre un "merci", un "vous m'avez fait beaucoup de bien, madame !"  (p. 221)

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Notre principal ennemi est l'amour-propre. Il met des ombres partout et empêche d'apprécier les lumières que nous offre la vie.   (p. 226)


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J'aime bien être spectatrice au théâtre, où je vais encore assez souvent. J'ai la chance d'être régulièrement invité. De fait, je ne me rappelle pas avoir dû un jour payer ma place. Petit privilège qui a un subtil goût de plaisir ajouté.   (p. 228)


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Comme nos enfants ont grandi dans ce monde-là, ils sont prévenus, avertis...Mais quand quelqu'un vient d'ailleurs, qu'il croit naître brusquement à la vie après un passage dans Vous avez un incroyable talent ou que l'on se soit retourné sur lui dans The Voice, il ne sait pas dans quel monde factice et cruel il débarque. Le rêve peut alors tourner à la désillusion et au cauchemar. Il ne faut pas se laisser emporter par un succès. Parce qu'aujourd'hui, tout est fabriqué pour faire de l'audience, et si l'indice n'est pas assez bon, vous êtes jeté comme un vulgaire mouchoir en papier.   (p. 237)

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mercredi 11 octobre 2017

Les peaux rouges - Emmanuel Brault


Les Peaux rouges
 
Emmanuel Brault


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente ma cinquième lecture pour cette rentrée littéraire 2017 et ma première grande déception. J'avais de grandes espérances pour ce livre, mais malgré une bonne idée de départ (un livre qui tourne en dérision le racisme ordinaire), le soufflé ne cesse de retomber tout au long de la lecture pour finir par un ressenti plutôt amer.

Cette lecture est donc Les peaux rouges d'Emmanuel Brault


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Les peaux rouges
Auteur = Emmanuel Brault
Edition - Collection = Grasset
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  186 pages


Note pour le roman = 10 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture

"Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j'ai pas fait trente mètres, que paf...une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l'ai fait exprès, que c'est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j'aurais fait mon sourire de faux-cul et tout serait rentré dans l'ordre. Mais non, je trouve rien de mieux à lui cracher : "fais pas chier sale rougeaude" et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C'était puni par la loi du genre super-sévère depuis les évènements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m'ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et de vrais comme on n'en fait plus." 
Amédée Gourd est raciste. Il pense comme il parle. Mal. La société entreprend de le rééduquer.
 

C. Mon avis sur le livre
Comme je l'ai déjà dit dans l'introduction, l'idée de départ du roman, qui consistait à tourner en ridicule le racisme ordinaire, m'enthousiasmait beaucoup.

Le début du roman était également génial : la scène de départ où Amédée Gourd, anti-héros, raciste de première catégorie (un peu caricatural cependant, notamment de par son manque d'éducation manifeste) était extrêmement bien écrite mais, au fur et à mesure de la lecture, l'intrigue patine de plus en plus, le roman devenant de plus en plus ennuyeux au fil des pages. J'ai espéré, à un moment déterminant de l'intrigue, que le roman eût pu reprendre un certain rythme; malheureusement, il n'en est rien. J'ai eu l'impression que c'était un noircissement de pages sans intérêt particulier...

Cependant, ce qui sauve quelque peu le roman, c'est le style d'écriture, un style tout ce qu'il y a de plus oral, avec des confusions dans les expressions françaises les plus évidentes (sans doute pour conférer à Amédée Gourd un côté, un peu idiot, que son nom évoque déjà).Un style d'écriture relativement amusant, en somme !

En résumé, un roman avec une chouette écriture, dont l'intrigue entame, malheureusement, une longue pente descendante au fil des pages et ce, jusqu'à la fin.

 
D. Quelques bons passages du livre
Je m'appelle Amédée Gourd et je suis raciste. Aujourd'hui je peux pas le dire alors je l'écris. Un jour, on aura plus le droit de l'écrire non plus.  (p. 11)

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J'ai pas vu un seul rouge intelligent, non, pas un seul, je suis sûr que si on fait les tests, ils seront classés plus cons que nous les doigts dans le nez. Je pense qu'ils sont inférieurs, ils ont toujours perdu contre nous à la guerre et puis ils ont tous les métiers de merde, au bas de l'escabeau, ils font rien pour monter les barreaux, aucune ambition, par contre la bibine ça y va, pour ça, y en a des statistiques, un tiers des hommes alcooliques, alors ils les plaignent, c'est pas de leur faute, bla-bla-bla, mais si, c'est de leur faute, pourquoi ils seraient pas responsables, moi je deviens alcoolique, c'est de ma faute parce que j'ai pas leur face merdique, non merde, faut pas pousser Mémé dans les orties, il y a des limites, et moi la limite c'est eux, avec ou sans orties, qu'ils se cassent, je peux plus les voir en peinture, du vent, du balais, hasta la vista baby.   (p. 12)
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On a pas le cœur à faire du mal aux gens qu'on aime. Alors on leur ment.  (p. 43)

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La honte, je connais bien, j'ai l'impression d'avoir honte depuis que je suis né, même dans mon berceau, j'avais honte, de cette mère alcoolique, de ce père que je connais pas, de ma sale trogne de pauvre moi. J'ai honte comme d'autres boivent, je peux pas m'en passer, je suis hontolique, tous les soirs, je picole ma honte dans des grandes pintes, honte brune ou blinde, par pichets entiers, et elle remonte jusqu'aux yeux, alors le racisme je m'accroche avec, c'est ma petite bouée dans l'océan de honte, ma bouteille d'oxygène, mon évasion de ce monde de brutes qui sont bien les mêmes au fond avec leurs petits principes, ils font semblant, j'en ai marre de faire semblant. (pp. 47-48)
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J'ai pas eu de vie pendant un mois à attendre la guillotine sur mon cou de galeux. Au boulot, je vous raconte pas. Difficile d'être le mal-aimé. C'est comme si j'avais pris un mégaphone, ohé, ohé les gars, le raciste est ici avec une grosse flèche rouge. Plus personne ne me parle. Au bout de deux semaines, j'ai préféré prendre mes vacances.  (p. 49)

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Peut-être même que je suis pas raciste dans le vie réelle, c'est juste une tout petite partie de moi qui ressort en rêve, on est en pleine nuit, et le lendemain, je me réveillerai et j'embrasserai ma rougeaude de femme et mes enfants radis, mi-blancs, mi-rouges. Réveille-toi, Amédée. Réveille-toi. Le cauchemar il est drôlement réel.   (p. 58)

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J'ai le droit de m'insulter moi-même mais pas les autres, société de dégénérés qu'ose plus se regarder en face alors elle regarde les autres et elle fait semblant de les aimer.  (p. 70)

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La vie, c'est brutal, c'est une déesse à poil qui parle une langue inconnue et toi tu dis quoi, que dis-tu, elle répond qu'en langue mystérieuse, tu t'approches, tu fais le tour et tu essaies de la saisir, mais y a que du vent, tu brasses de l'air, pourtant elle est là la chienne de vie, elle remue la queue, ouaf, ouaf, rapporte l'os que je t'ai filé chienne de vie, rapporte, et quand elle te le rapporte tu meurs.  (p. 74)

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Très vite, je me doutais bien, il me parle des rouges. Pourquoi tant de haine ? Je lui dis que je sais pas. Parce que c'est vrai en plus, je sais pas. Je les vois et je sens la moutarde monter jusqu'au bout de mes oreilles. C'est instinctif comme le lion qui bouffe la gazelle. "Pourquoi donc vous voulez m'obliger à aimer ces fils de pute, pardon mon père - Ils sont nos frères de sang - Vous voulez rire, j'ai pas le même sang qu'eux. Ils dansent pas pareil, ils chantent pas pareil, on a rien à voir." Et ainsi de suite pendant plusieurs jours. C'était agréable. Pour lui, j'étais un frère et pas un fils de pute raciste.  (pp. 78-79)

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La troisième règle, c'est de rester positif contrer des obstacles, c'est normal, on ne change pas en un jour. Il faut persévérer et faire preuve de bonne volonté, voir tout sous un jour négatif n'amène pas le succès, il l'éloigne.  (p. 91)
 
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On me dit tu n'as pas de cœur, mais si j'ai un cœur, c'est justement parce que j'ai du cœur que je suis raciste. Un raciste souffre plus que les autres, alors il s'exprime. (p. 118)

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Il a assuré, Mémé est pas trop en mauvais état, du kilométrage mais avec un peu d'huile dans les pistons, ça repart, je la retrouve pareille qu'avant, grognonne, c'est une vieille lionne ma Mémé qui chasse encore un peu, c'est quand elle grogne pas que je m'inquiète.  (p. 125)

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              challenge rentrée littéraire 2017
 
 
           
              

jeudi 5 octobre 2017

Ma Reine - Jean-Baptiste Andrea


Ma Reine
 
Jean-Baptiste Andrea



Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente ma quatrième lecture pour cette rentrée littéraire 2017. Au début, je n'étais pas vraiment attiré par ce livre, mais tout le bien que j'en ai entendu à la télévision et toutes les nominations aux différents prix littéraires m'ont donné la motivation pour le lire.

Il s'agit donc de Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea


A. Caractéristiques du livre

Titre =  Ma Reine
Auteur = Jean-Baptiste Andrea
Edition - Collection = Editions de l'Iconoclaste
Date de première parution =  2017
Nombre de pages =  213 pages


Note pour le roman = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
Vallée de l'Asse. Provence. Été 1965. Il vit dans une station-service avec ses vieux parents. Les voitures qui passent sont rares. Shell ne va plus à l'école. Il est différent.

Un jour, il décide de partir. Pour aller à la guerre et prouver qu'il est un homme. Mais sur le plateau qui surplombe la vallée, nulle guerre ne sévit. Seuls se déploient le silence et les odeurs du maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s'invente et l'impossible devient vrai. Il lui obéit comme on se jette du haut d'une falaise. Par amour. Par jeu. Et désir d'absolu.


C. Mon avis sur le livre

Ce livre correspond à un exemple typique du roman qui vaut davantage par son style que par son contenu.

En effet, je trouve son contenu plutôt passe-partout : un jeune homme des montagnes différent dans sa manière de penser se retrouve à errer dans cette montagne qu'il aime tant, en quête de sens, et se retrouve face à une fille dont il tombe amoureux, qu'il appelle sa Reine, mais qui lui échappe. Il croise un vieux berger qui l'héberge le temps qu'il retrouve sa "Reine".

En revanche, je trouve le style de Jean-Baptiste Andrea très beau, très poétique (surtout quand il retranscrit les dires et les pensées du jeune Shell), à tel point que l'histoire en devient complètement secondaire.

Néanmoins, la combinaison des deux (histoire + style), donne un livre très intéressant, très agréable à lire et surtout très réussi.


Comme le dit Olivier Mony du magazine Livres Hebdo : "Un écrivain est né".

 
D. Quelques bons passages du livre
À force de m'entendre dire que je n'étais qu'un enfant et que c'était très bien comme ça, l'inévitable est arrivé. J'ai voulu leur prouver que j'étais un homme. Et les hommes, ça fait la guerre, je le voyais tout le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée.

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J'avais un plan. À la guerre, je me battrais, on me donnerait des médailles, je reviendrais, et là, tout le monde serait bien forcé d'admettre que j'étais un adulte, ou tout comme.
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Elle avait une drôle de voix, qui n'allait pas avec son corps de fille. Elle était très mince, tellement qu'elle avait l'air de pouvoir se glisser entre deux rafales de vent sans déranger personne. Ses cheveux étaient courts et blonds avec une longue mèche sur le front, un genre de coupe de garçon. Mais ce sont ses yeux qui m'ont frappé, et quand je dis frappé, j'ai vraiment eu l'impression de recevoir un coup, parce qu'ils avaient l'air en colère et que je n'avais rien fait.

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Pendant qu'on marchait, Viviane m'a demandé pourquoi je m'étais mis dans la tête d'aller à la guerre et je lui ai tout raconté depuis le début, sans rien oublier. Elle m'a expliqué que, d'abord, la guerre, c'était loin, beaucoup plus loin que ce que je croyais, le genre de loin où on ne peut pas aller à pied. Et si je mourais, à quoi ça m'avancerait ? Ca ferait pleurer mes parents. J'ai rigolé, je lui ai dit que je ne suis pas parti pour mourir, mais pour tuer des ennemis.
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Quand je me suis rassis, elle a fermé les yeux. Elle était tellement belle que j'avais envie de me glisser dans sa peau et de devenir elle, pour savoir ce que c'était. Puis, j'ai pensé que je ne pourrais plus la voir si j'étais dans sa peau, sauf dans un miroir, et que ce serait peut-être mieux si c'était elle qui se glissait dans ma peau à moi. Je ne pourrais pas la voir non plus mais, au moins, je pourrais l'emmener partout. 

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Qu'est-ce qu'on fait ? J'ai haussé les épaules, je ne savais pas , c'était elle la reine. Moi, je ne faisais qu'obéir et je trouvais ça bien. À elle, je pouvais obéir sans avoir l'impression d'être un enfant.

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Les filles, ça jacasse, ça trahit à tour de bras, on ne peut jamais leur faire confiance. D'ailleurs, Zorro n'était pas marié, ni Superman, même si je l'aimais moins celui-là, parce que son uniforme faisait des plis.

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Ce matin-là, dans cette pièce toute jaune de soleil, j'ai compris quelque chose d'important. J'étais bizarre, pas normal, plein de problèmes, d'accord. On n'arrêtait pas de me le répéter. Mais finalement tout le monde était comme moi. Les autres aussi avaient leur Malocchio, leurs cauchemars et leurs Macret à eux, ils leur donnaient juste d'autres noms.

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Maintenant que j'y repense, j'ai honte. J'ai détesté Viviane. J'ai perdu du temps à la détester. Mais c'est comme ça. Je l'ai haïe avec la même force que je l'aimais, ma meilleure amie, je l'ai haïe autant que Macret. Plus même, parce que lui au moins il ne m'avait pas trahi. Il s'était toujours moqué de moi, il m'avait toujours rabaissé, frappé, humilié devant les autres. C'était normal, on se comprenait, ça ne changeait pas. On ne faisait pas semblant de s'aimer un jour pour s'ignorer le lendemain.

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              challenge rentrée littéraire 2017