vendredi 16 février 2018

T'en souviens-tu mon Anaïs ? - Michel Bussi


T'en souviens-tu mon Anaïs ?
 
Michel Bussi
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un recueil de nouvelles d'un auteur très populaire dont je n'avais cependant lu aucune œuvre jusqu'à présent : M. Michel Bussi.

Dans ce recueil de nouvelles, Michel Bussi nous emmène au travers de sa Normandie natale (sauf pour la dernière nouvelle qui se passe à la Réunion), pour résoudre quelques enquêtes policières dans un style relativement bon enfant.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  T'en souviens-tu mon Anaïs
Auteur = Michel Bussi
Edition - Collection = Pocket
Date de première parution =  2018
 
Note pour le livre = 17 / 20

 
B. Mon avis sur le livre

Ce livre était le premier de Michel Bussi que je lisais et je peux dire, en toute sincérité, que je ne suis vraiment pas déçu, loin de là.
Au fil de quatre nouvelles policières, Michel Bussi nous emmène, au fil des villes et villages du Pays de Caux (Veules-les-Roses, Doudeville, Touffreville-la-Corbeline) et à la Réunion, dans des enquêtes fourmillant de fausses pistes et au dénouement à chaque fois inattendu.
 
De plus, l'écriture, teintée d'humour, est tellement efficace qu'on se prend très vite au jeu de savoir le fin mot de chaque histoire, à tel point qu'il est difficile de lâcher le livre avant la fin d'une enquête...

Ce livre m'a vraiment donné envie de lire d'autres livres de cet auteur normand, comme moi (en partie).

C. Quelques bons passages du livre
 
Tout mon corps frissonne. Mélingue...Je repense à tout ce qu'Alexandre m'a appris depuis quelques jours sur l'histoire de Veules-les-Roses, le nom des rues, ces illustres artistes qui fondèrent la station balnéaire il y a près de deux cents ans. Mélingue était l'acteur le plus populaire du début du dix-neuvième siècle, l'immortel d'Artagnan, le comédien préféré d'Alexandre Dumas, l'amoureux de Veules, le confident d'Anaïs Aubert. Je tente de me calmer.  (p. 15)

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Veules-les-Roses. Ce village perdu. Comme une oasis mythique aux confins des déserts urbains oubliée des citadins nomades.  (T'en souviens-tu mon Anaïs, p. 20)
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Tout en progressant à pas rapides, je me force à nouveau à penser qu'il n'y a là rien d'extraordinaire, qu'il ne s'agit que d'une série de détails sans importance. La page manquante d'un livre. Une tortue qui s'échappe. L'impression qu'on m'espionne. Un instant, je perçois dans l'ombre des villas de Veules la menace d'un village hanté dans lequel je me serais fait piéger. Je ne suis qu'une étrangère que l'on a attirée là. Une victime sans défense, seule, que l'on s'amuse à torturer. Avant...Avant quoi ?   (T'en souviens-tu mon Anaïs, p. 51)

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Il paraît que Veules-les-Roses a postulé pour être classé parmi les plus beaux villages de France mais qu'il a été recalé parce que son bord de mer n'était pas à la hauteur du reste. Vous vous rendez compte, un fiasco pour toute la commune juste à cause de ces trois maisons moches, pile face à la Manche, plus l'ancien casino.  (T'en souviens-tu mon Anaïs, p. 53)
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Internet me fait l'effet d'un puits de connaissance sans fond au-dessus duquel on se penche pour étancher son inculture.  (T'en souviens-tu mon Anaïs, p. 72)

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Au lit, Diane-Perle ne s'embarrassait pas avec la rhétorique. Ni avec l'art érotique, pensa Gauvin. Pour s'endormir, il compta et recompta les nuits qui restaient avant la fin de la semaine, se demandant pourquoi Pfizer vendait par boit de huit les pilules de Viagra.  (L'Armoire normande, p. 145)
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Quel empoté ! Je vais finir poignardée par un psychopathe uniquement parce que j'ai épousé un type incapable de se servir d'un tournevis.  (L'Armoire normande, p. 150)

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Depuis que j'écris, j'ai compris pourquoi, de Flaubert à Maupassant, la Normandie est une exceptionnelle terre d'écrivains. Pas pour la proximité de la mer, des chaumières romantiques ou des abbayes hantées. Non. Aucun rapport. Si les romanciers normands ont de tout temps aligné plus de mots que dans n'importe quelle autre région, c'est uniquement à cause de la météo !  (Vie de grenier, p. 170)
 
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Les hommes choisissent toujours la fille qui leur donne l'impression d'être meilleurs, plus fins, moins cons qu'ils ne sont.  (Vie de grenier, p. 197)
 
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mardi 6 février 2018

Raphaël - Karine Langlois


Raphaël
 
Karine Langlois
 


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre que j'ai eu l'occasion de découvrir grâce à l'Opération Masse Critique du réseau social de lecteurs Babelio. Ce que je peux dire en préambule, c'est que ce livre est un vrai bijou d'émotion.

Je vous présente donc le roman Raphaël, deuxième livre, mais premier roman de Karine Langlois.


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Raphaël
Auteur = Karine Langlois
Edition - Collection = Editions de la Rémanence
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 18 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
En Normandie, entre Cabourg et Houlgate vit Raphaël, un garçon de huit ans qui aime sa mère de manière fusionnelle. Quand quelques années plus tard, il doit apprendre à surmonter son absence, le roman suit ses tâtonnements dans sa recherche d'un amour absolu, dans la quête de son identité et de sa sexualité. Ces apprentissages, à l'aube de l'adolescence, se feront aussi grâce à l'écriture et à la littérature qui trouvent des échos dans sa vie.
 

C. Mon avis sur le livre
Comme je l'ai dit dans l'introduction, ce roman est un vrai bijou de sensibilité et d'émotion.

Le parcours difficile de ce jeune garçon est écrit avec une telle justesse qu'il est parfois difficile de retenir ses larmes, notamment lorsque Karine Langlois raconte la mort de sa maman (de façon accidentelle et stupide).

Le roman est tellement bien écrit et retranscrit tellement bien les sentiments de Raphaël et de ses proches, que l'on a du mal à ne pas s'identifier à ces personnages et à penser à ce qui a pu arriver (ou à ce qui pourrait arriver) dans nos propres existences, lors de la perte d'un proche.

De plus, le roman connaît de multiples rebondissements aussi intéressants qu'inattendus, ce qui fait qu'on n'a pas envie de lâcher le livre avant de l'avoir fini.

En bref, une histoire extrêmement émouvante, extrêmement bien écrite, que je ne regrette pas d'avoir découvert. Un vrai bijou !

D. Quelques bons passages du livre
 
C'est le temps de l'enfance et de l'insouciance dont il s'est éloigné si vite. Le temps des ballons et des rebonds sur les galets mouillés par la marée, le temps des ricochets depuis la jetée, le temps des coquilles écrasées que l'on fait crier sous les pieds, le temps des jeux idiots, du varech dans les maillots, le temps des mises en garde des mamans, auxquelles on répond en les raillant, le temps des défis, des abordages, des premières luttes en plein mer et des rebuffades des eaux au goût amer, le temps des garnements qui s'ébattent en courant pour faire fuir les goélands. (p. 9)

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Raphaël a développé une relation fusionnelle avec sa mère depuis la mort de son père, dirait un psy. Mais est-ce un crime de s'aimer trop ? Entre eux, il n'y a qu'une place, prise par Elfie (le chien), dont ils s'occupent tous les deux comme d'un enfant. On peut dire qu'ils sont heureux tous les trois. Rien que tous les trois.  (p. 17)
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Ils se voient maintenant régulièrement, quand l'emploi du temps de Baptiste le permet. Son travail d'enseignant lui libère plusieurs après-midi dans la semaine, mais il ne peut jamais voir Blanche le mercredi après-midi, ni le week-end. Elle st avec Raphaël. Parfois, Baptiste a l'impression d'être avec une femme mariée, mais a-t-il le droit d'être jaloux de son fils ?   (p. 21)

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La police a confirmé l'accident. Papy et Mamie ont alors pu tout dire à Raphaël. Il s'est fait répéter qu'elle était morte dans son bain. Il n'a pas pleuré, comme s'il s'y attendait. La peur de la perte, qui taraude, pendant des années est peut-être pire que la perte. Ce ne sont pas les cris, les larmes, les suffocations de désespoir, tout ce vacarme nécessaire parfois qui accompagne le deuil; non, ce n'est pas cela qui dit que la mort est passée là, dans ce village qui fleure l'existence paisible. Ce sont trois personnages silencieux, en ruines et mystérieusement debout. Papy et Mamie ont adopté la même attitude singulière que Raphaël qui semble vouloir enterrer son chagrin. On se tait, on ne se réconforte pas. On est là et on sait.  (p. 43)
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Cela fait plaisir à Raphaël de la voir inchangée, elle ne ressemble même pas à une poupée de cire. Lui, c'est différent : il sait qu'il dépose son enfance avec sa mère dans ce cercueil.  (p. 45)

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Raphaël se sent soudain mortellement seul, seul au monde, sans repère, sans attache, à la dérive en plein mer, sur un radeau. Un seul point rassurant à l'horizon, une île. Il saisit Elfie qui avait déjà mis son museau sous son bras, comme début d'enlacement.
Et Raphaël intime, seul devant celle qu'il aime le plus après Maman, trouve enfin la force d'exhumer son chagrin et pleure, pleure sa Maman.  (p. 49)
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Raphaël s'écroule sur le lit, brisé par l'absence. Il redevient petit, tout petit garçon, pleurant à perdre haleine, avec la lucidité d'un grand qui sait que personne ne pourra le consoler.   (p. 59)

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Raphaël, même s'il trouve la paix, la nuit, est encore fatigué le jour, car oui, la démotivation et le dégoût de vivre, ça fatigue.  (p. 69)
 
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Le temps a commencé à dompter la douleur de l'absence, mais comme l'existence lui semble vide sans celle qui donnait sens à tout. Il ne se sent plus vraiment un enfant depuis que sa mère est partie (l'enfant de qui ?), mais aujourd'hui, Maman n'est pas là pour le voir entrer dans le monde des grands. (p.  78)
 
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Papy se sent à l'étroit, étouffé par un monde de littérature qu'il sent ne pas être pour lui. Il préfère sortir. Il ne comprend pas que les livres, ce n'est pas un monde parallèle au sien, que la littérature, elle raconte la vie, la sienne.   (p. 102)
 
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Son présent, maintenant, c'est davantage le souvenir d'une femme qui a aimé et a été aimée que celui d'une maman; c'est davantage le souvenir d'une mère qui a pu mentir que celui d'une maman qui a dit tant de jolies vérités. Son présent, c'est son professeur qui a fait semblant de l'aimer, alors qu'il n'aimait qu'elle. Il sent bien qu'il est jaloux de cela aussi, de l'amour qu'il a pour elle. Il les déteste.  (p. 106)
 
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Des livres sont comme des rencontres parfois : un choc qui fait grandir , qui fait évoluer son regard sur soi et les autres.  (p. 109)

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vendredi 2 février 2018

Des hommes qui lisent - Edouard Philippe


Des hommes qui lisent
 
Edouard Philippe


Bonjour à toutes et à tous,
 
Aujourd'hui, je vous présente un livre un peu particulier de par son auteur, car il s'agit du dernier livre de l'actuel Premier Ministre français, Edouard Philippe...mais, même si le livre parle un petit peu de politique, elle n'en n'est pas le thème principal : en effet, M. Philippe s'attelle à raconter son parcours en parallèle avec ses lectures, ce qui m'a poussé à acheter le livre...


A. Caractéristiques du livre


Titre =  Des hommes qui lisent
Auteur = Edouard Philippe 
Edition - Collection = Jean-Claude Lattès
Date de première parution =  2017
 
Note pour le livre = 16 / 20

 
B. Description de l'œuvre sur la quatrième de couverture
"Lorsque je regarde ma bibliothèque, je vois ce que j'ai appris et une bonne partie de ce que j'aime. Ces livres m'ont construit. Des romans, des essais, des manuels, des bandes dessinées, le tout mélangé, mûri ou oublié, redécouvert ou discuté. Une bibliothèque est comme un "lieu de mémoire" de notre existence. Elle nous chuchote d'anciennes joies, murmure nos lacunes et trahit des promesses de lecture."

Des hommes qui lisent est le récit d'un homme par les livres qu'il a aimés, qui l'ont marqué : des livres qui ont fait de lui un fils, un père, un citoyen, un homme politique. Il explique un engagement, une vision, une pensée, des doutes et des choix.
 

C. Mon avis sur le livre
Mettant de côté les considérations politiques, je peux dire qu'Edouard Philippe a vraiment une belle plume. On suit avec plaisir cette construction de la réflexion sur les livres à laquelle nous pouvons indirectement participer : en effet, au fur et à mesure du récit de son parcours de lecteur, nous sommes indirectement, nous lecteurs, invités à réfléchir sur notre propre parcours : les réussites, les ratés, quels livres nous ont construit ? Dans quelle circonstance ? Avons-nous le regret de n'avoir jamais lu certains livres ? Estimons-nous avoir eu la chance d'avoir comme livre imposé, un livre qu'on n'aurait jamais lu dans d'autres circonstances ?...

Le style fluide de la réflexion rajoute au plaisir de la lecture. De plus, M. Philippe, à la fin de son livre nous "pique un peu notre job" en nous livrant ses impressions sur une liste de ses lectures, impressions qui nous donnent envie de lire certains de ces livres. Mais il a aussi le courage de reconnaître, dans une seconde liste, certaines lacunes en matière de lecture (ex : il n'a jamais lu Madame Bovary, Le Guépard de Tomasi de Lampedusa ou encore les œuvres de Marcel Proust).

Malgré tous les traits positifs que nous pouvons trouver à ce livre, je dénoterai tout de même deux écueils qu'il n'a pas su éviter :

* Le premier écueil est que j'estime certaines de ses considérations sur la lecture comme de l'enfoncement de portes ouvertes, c'est-à-dire que, pour certaines de ces considérations, on n'a pas attendu la lecture de ce livre pour les savoir.

* Le deuxième écueil est celui qui est propre à tout politique qui écrit : l'autocongratulation sur ses mesures en tant que maire du Havre concernant la lecture, car, même si elles sont positives, l'autocongratulation n'est pas nécessaire dans un ouvrage comme celui-ci.

Malgré cela, je trouve que ce livre, très bien écrit, est à mettre entre toutes les mains, en particulier entre celles de ceux qui pensent que "la lecture ne sert à rien". Ce parcours littéraire parmi d'autres est extrêmement instructif et prouve que la lecture peut mener à tout et est surtout destinée à tout le monde et n'est pas réservée à une élite, contrairement à ce que, certains à notre époque, semblent le penser.
 
D. Quelques bons passages du livre
 
Entré en lecture, mais pas encore amoureux des livres. On peut être baptisé à la naissance et ne jamais avoir la foi. Lire exige d'abord un apprentissage puis un déclic d'une autre nature, qui demeure bien souvent un mystère. L'expliquer me semble vain. Comment expliquer l'amour ? On peut s'en souvenir ou l'espérer, on peut en favoriser l'apparition ou constater ses échecs sans doute, mais il n'y a pas là une équation dont la résolution serait certaine.  (p. 11)

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Enfant, nous avons tous un livre préféré. Pour certains, c'est le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Pour d'autres Les Trois Mousquetaires, Vingt mille lieues sous les mers, L'Île au Trésor ou Harry Potter. C'est un polar ou une bande-dessinée. C'est un magazine pour adolescents ou un manga. Il n'y a pas de fausse porte, aucune mauvaise entrée "en lecture", pas de façon plus noble qu'une autre de commencer à lire et d'y prendre plaisir le plus tôt possible. Il va de soi que cela ne se décrète pas.  (p. 13)
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Une bibliothèque est comme le "lieu de mémoire" de notre existence. Elle nous chuchote d'anciennes joies, murmure encore nos lacunes et trahit des promesses de lectures non tenues. elle nous offre le réconfort permanent de merveilleux souvenirs que l'on pourrait reproduire.   (pp. 17-18)

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Un pays come le nôtre, dans lequel un président de la République pesa de toute son autorité pour porter à son terme le projet d'une très grande bibliothèque qui porte désormais son nom, a hissé depuis longtemps la lecture et le livre au rang de politiques publiques. Un pays comme le nôtre, qui a inventé le prix unique du livre pour préserver, autant que possible, les métiers qui vivent de la lecture, sait mobiliser intelligence et moyens autour de cette politique. Un pays comme le nôtre, qui a préservé une grande diversité de points de vente, de bibliothèques municipales et qui, grâce aux miracles de la technologie moderne, permet à n'importe quel lecteur d'acquérir ou de consulter presque n'importe quel livre rapidement est un paradis pour le lecteur.  (p. 19)
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J'ai aimé Blum et Mendès comme on aime des personnages de roman, comme on aime des hommes qui, par ma lecture d'une biographie vivante et détaillée, critique parfois mais bienveillant toujours, deviennent sinon des amis mais en tout cas des figures qui comptent.   (pp. 46-47)

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On peut penser de façon hémiplégique. On peut aussi lire de façon hémiplégique. Et chercher à se conforter en lisant plutôt qu'à se mettre en cause.  (p. 48)
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On notera au passage cette idée extravagante que l'on pourrait se faire une idée sur un livre sans l'avoir lu. J'ai longtemps pratiqué cela. Lorsque je pense à cette époque passée, j'ai presque honte. Lorsque je vois les ravages que cette idée continue à produire, je me rassure sur mon compte, mais je m'angoisse sur les autres.  (p. 69)

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On peut débattre à l'infini sur la question de savoir s'il y a une littérature de droite et une littérature de gauche. Qu'il y ait des auteurs de droite ou de gauche, c'est l'évidence. Est-ce que cela teinte leur écriture au point de faire basculer tel ou tel livre à droite ou à gauche ? Je ne sais pas. On peut après tout lire en se posant la question de savoir si ce livre est bon, plutôt que celle de son éventuel positionnement à droite ou à gauche. Cela dit, on peut reconnaître avec le même Tillinac, qu'il est plus courant de voir un homme de droite admirer Aragon ou Éluard qu'un homme de gauche évoquer son amour de Chateaubriand, de Morand ou de Mauriac. Sauf Mitterrand, bien sûr, mais était-il vraiment de gauche ?  (p. 73)
 
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La culture, c'est la rencontre entre un individu et une œuvre.

De toutes les définitions de ce concept souvent insaisissable, c'est celle que je préfère. Elle présente l'immense avantage de mettre en contact au cœur de la culture sans tenter de définir ce qu'est une œuvre, sans indiquer ce qui relève de la création ou de la diffusion, sans se prononcer sur le champ d'expression (ou non) dans lequel l'œuvre pourrait s'inscrire. La culture est, au fond, une rencontre.  (p. 80)
 
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Les bibliothèques sont trop souvent réservées à ceux qui y sont déjà entrés. L'immense majorité des utilisateurs d'une bibliothèque aiment déjà les livres. Il ne faut ni s'en plaindre, ni le regretter, mais il est important de l'admettre, pour ne pas tomber dans le piège d'une politique de la lecture qui serait exclusivement fondée sur les bibliothèques publiques. Pour beaucoup de nos concitoyens, la bibliothèque est un lieu intimidant, justement parce qu'il est le lieu des livres, lieu d'une forme de savoir, d'un usage souvent mystérieux.   (p. 82)
 
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Le lien entre volonté politique et création culturelle est suffisamment fort et ancien pour qu'il faille accepter l'idée que l'action publique en matière culturelle n'est jamais dénuée d'arrière-pensées.  (p. 85)
 
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Comment susciter l'envie de lire ? La réponse est simple : par tous les moyens, car ils sont tous bons.   (p. 90)

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Ceux qui "écoutent" des lectures sont-ils donc déjà des lecteurs ? Oui, d'une certaine façon. Mais ce n'est sans doute pas suffisant. C'est une façon d'accéder aux textes, et il faut en user de plus en plus. Mais "transformer" un enfant en lecteur demande autre chose.  (p. 112)

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Ne pas sous-estimer la réticence, voire la peur, que peuvent susciter chez quelqu'un qui n'y est pas habitué à la vue d'un livre, l'épaisseur de ses pages, la difficulté des mots rencontrés, l'effort de se couper du monde et de s'absorber silencieusement dans la lecture. Ne pas penser qu'il va s'y plonger immédiatement, comme par miracle, y nager sans bouée et y prendre du plaisir.

Utiliser tous les moyens pour l'y amener. Lui dire que ce n'est pas grave de ne lire que qu'une page ou deux, d'abandonner et de reprendre plus tard. L'y accoutumer, doucement, comme on prend le temps d'apprivoiser le bonheur. Par la lecture à voix haute et les lectures publiques, par les spectacles, par les jeux et par les livres audio. Par les tablettes et les Smartphones, comme le fait La Machine à Lire, le projet d'Alain Bentolila que nous testons depuis le début de 2014 dans les écoles havraises.   (pp. 116-117)

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Le savoir est une arme, la bibliothèque est un arsenal !
 
La révérence qu'il faudrait porter au livre, à la lecture et aux bibliothèques et à l'éducation ne doit pas faire oublier qu'il ne s'agit là que d'instruments. Et qu'un instrument n'est jamais que ce que veut en faire celui qui s'en sert.   (p. 125)

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On n'écrit pas forcément pour être un écrivain.

D'autant qu'en France, s'affirmer écrivain est une affaire sérieuse. C'est immédiatement prendre le risque d'être submergé par la Littérature avec un L gigantesque, d'être écrasé par les figures de notre génie national. Être écrivain en France, ce n'est pas sortir un bouquin, c'est créer une œuvre.  Comme l'Intellectuel, l'Écrivain est un personnage de notre imaginaire.  (p. 162)

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Et La Taupe de John le Carré, qui est le premier tome d'une trilogie qui relève à mon sens autant de la littérature d'espionnage, que de la littérature tout court. Comme si le roman de genre permettait de revenir à l'esprit initial du roman, c'est-à-dire une histoire qui permet de découvrir un milieu, une problématique, une époque.  (p. 182)

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Mais que les choses soient claires : je n'offre jamais mes livres. Les livres que j'ai achetés (ou qu'on m'a offerts), lus, et installés dans ma bibliothèque y sont incessibles, inamovibles et imprêtables. Je suis jaloux de mes livres. De ceux que j'ai aimés, de ceux qui ne m'ont plus que modérément et même de ceux dont je soupçonne que je ne les lirai, ou relirai, jamais. Ils sont là, avec moi, et j'entends bien ne jamais m'en séparer. Le fait d'être assuré de leur présence est profondément rassurant. Qui dit que je n'aurai pas bientôt besoin de cet ouvrage dont je n'ai jusqu'ici parcouru, faute de temps, que la quatrième de couverture ? Qui dit que je n'aurais pas envie, un jour, de reprendre enfin le roman qui, il y a quelques années, m'était tombé des mains.
 
Appelez cela de l'égoïsme ou de la possessivité si vous voulez mais le fait est là : je ne donne pas mes livres. Et je les prête encore moins, même à mes meilleurs amis, pour respecter le vieil adage selon lequel un livre prêté est un livre perdu. Je suis sûr que beaucoup de ceux qui aiment lire me comprendront. Et les bibliothécaires, pour lesquels j'ai du respect et de l'admiration, qui liront ces lignes pourront me maudire. Mais je le maintiens : un livre prêté est un livre perdu.   (pp. 192-193)
 
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Offrir un livre n'est jamais neutre, et peut, entre deux individus être l'instrument d'une transmission immatérielle, parfois indicible mais puissante.  (p. 202)
 
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Les responsables politiques lisent-ils ? Certains oui. Certains énormément. Mais ce n'est sans doute plus la norme. En quarante années, nous avons changé de monde. De Gaulle lisait et écrivait. Churchill a obtenu le Prix Nobel de littérature. Pompidou était lettré. Giscard tentait de nous faire croire qu'il aurait préféré être Maupassant. Mitterrand s'échappait de l'Élysée dès qu'il le pouvait pour hanter les librairies avec le favori du moment. Puis vint Chirac que la littérature ennuyait, qui ne jurait que par l'ethnologie, l'art et la poésie mais qui s'en défendait : Françoise Giroud disait plaisamment de lui qu'il était du genre à cacher un recueil de poésie derrière la couverture de Play Boy. Puis Sarkozy, que tout ennuyait, hors de la politique; au moins découvrit-il la littérature sur le tard, faisant savoir avec une une fierté enfantine et presque émouvante qu'il avait découvert Guerre et Paix. Je crois même l'avoir entendu dire qu'il en avait en avait lu 70%. Et arriva enfin Hollande, qui lui ne lisait plus rien et ne s'en cachait pas.  (p. 213) 

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Que serait une vie sans la lecture, sans cette sédimentation imparfaite et aléatoire d'expériences, de connaissances et de sensations qui s'additionnent et s'assemblent de façon unique pour s'y ajouter et pour l'embellir ? Lire, c'est accéder à des expériences inconcevables - et bien souvent non souhaitables ! - et éprouver des sentiments extrêmes mais qui font partie de l'expérience totale de l'humanité  (p. 214)

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